Le diacre Andreï Kurayev a fait une conférence à l’Université Catholique d’Ukraine le 19 septembre 2007. Théologien russe connu, auteur de nombreux ouvrages, André Kurayev est professeur de l’Académie spirituelle à Moscou. Invité par l’Institut d’Etudes Œcuméniques, André Kurayev a présenté une nouvelle vision orthodoxe de la mission aujourd’hui. Selon lui, le monde contemporain a besoin de missionnaires appelés à un « ministère des situations extraordinaires pour apporter une aide urgente à la société ».
Constatant en effet l’inculture grandissante au sein de la société contemporaine, le diacre a souligné l’importance de l’apport du christianisme surtout auprès des jeunes. Théologien de l’Eglise orthodoxe russe (Patriarcat de Moscou), il a estimé que les missionnaires orthodoxes pouvaient apprendre beaucoup de l’expérience, aussi bien positive que négative, de l’Eglise Catholique. Il a de surcroît affirmé la nécessité du « repentir » et la reconnaissance devant les autres des pages difficiles de l’histoire de l’Eglise, des malentendus théologiques et des difficultés.
Selon lui, le travail missionnaire diffère aujourd’hui de celui réalisé au cours de l’expérience millénaire de l’Eglise car les missions ne sont plus organisées sur des terres lointaines récemment découvertes. Le diacre Andreï Kurayev a constaté l’urgence de la mission au sein de la société même entourant l’Eglise là où elle est présente. Il a attiré l’attention des étudiants sur les différents types d’athéisme et particulièrement sur celui dû en raison d’une expérience traumatique dans l’Eglise. Selon lui, « C’est sur ce type d’athéisme que l’attention des missionnaires contemporains doit être orientée et c’est ici que par leur rayonnement ces derniers devraient porter le message chrétien.
« Saint-Irénée de Lyon disait que le premier péché des hommes est qu’ils voulaient devenir des dieux sans être devenus des hommes. Le désir de divinisation sans incarnation est souvent une tentation dans l’Eglise. Dans le travail missionnaire il faut tout d’abord prouver son humanité et seulement après essayer de faire quelque chose d’autre, - a dit le père diacre Kurayev. – Car qu’est-ce que c’est que la mission ? C’est transmettre la représentation de ce que nous offrons nous, chrétiens, comme exemple au regard des autres, de ceux qui ne sont pas chrétiens ».
Selon le théologien, les missionnaires doivent attirer les personnes vers le Christ mais sans les forcer en même temps à ne plus être eux-mêmes. Il a notamment affirmé : « En entrant dans une salle remplie de personnes un ministre n’a pas le droit de vouloir sermonner. Si je me suis offusqué il y a quelques années de lire qu’un missionnaire occidental jouait au foot-ball et faisait de la musique rock avec des jeunes, je comprend maintenant à quel point cela peut permettre de toucher justement le coeur des jeunes. »
Par ailleur, le diacre Andreï Kurayev a souligné que la société contemporaine demandait au missionnaire de ne pas craindre de travailler avec les autorités en leur présentant des exigences se basant sur l’Evangile. En insistant sur l’importance de l’ouverture de l’Eglise envers l’homme le théologien a dit : « Le missionnaire doit faire participer les hommes à l’ Eglise réelle et non pas à l’ Eglise telle qu’il la rêve ».
Au cours de la discussion après la conférence le diacre a présenté sa vision de la situation de l’Eglise orthodoxe russe et a dit que le clergé devait beaucoup travailler pour la conversion de son peuple afin que les scientifiques n’aient pas à écrire un jour une histoire sur la chute de la Russie. Car si cela arrivait ces derniers auraient le droit de dire : « L’Eglise Russe ne s’est pas réveillée à temps pour l’avenir de son peuple ».
Commentant la venue du diacre Andreï Kurayev à Lviv, notamment au sujet de l’importance de sa visite à l’UCU, le directeur de l’Institut d’Etudes Œcuméniques Antoine Arjakovsky a dit : « Le père diacre Andreï Kurayev représente la branche de l’Eglise Russe qui comprend que le temps est venu pour que les catholiques et les orthodoxes travaillent ensemble pour l’évangélisation de la société qui après le régime communiste est plutôt sécularisée. Et ceux qui ont reçu le baptême manquent de connaissances sur la religion et la tradition à laquelle ils appartiennent. Aussi faut-il travailler ensemble pour porter la bonne nouvelle à la communauté européenne contemporaine ».