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« Appelés à être l’Eglise une ». Presentation de Yannick Provost (Conseil Œcuménique des Eglises)

Yannick Provost, responsable des publications au Conseil  Œcuménique des Eglises, visite l’université Catholique d’Ukraine 18.12.2006, [17:24] // cronicles.fr // info

M. Yannick Provost, orthodoxe de confession, a fait à l'université une présentation du texte adopté par consensus à la dernière assemblée du COE qui s’est tenue à Porto Alegre en février 2006.

Le COE est « en Christ », une communauté d’écoute au sens fort : permettre à chacun d’habiter la spiritualité de l’autre, sa théologie, ses plaintes et ses dilemmes, et découvrir que le Christ est aussi là. Se mettre en chemin avec lui malgré tout ce qui nous sépare. Cette écoute et cette marche sont une épreuve, elles nous provoquent à des deuils, mais on en ressort transformé… par grâce ! il n’y a pas d’autre chemin pour être l’Eglise du Christ ensemble.

I.Le but premier du COE : la koinonia
II. Unité, diversité, apostolicité, catholicité, se rendre mutuellement des comptes
III. Le baptême appelle à l’unité
IV. l’Eglise : mystère, signe et instrument de réconciliation
V. Appels et questions aux Eglises
VI. conclusion : un chemin ardu et joyeux.

Le miracle permanent du «demeurer ensemble » !

Ce que nous observons en étant acteurs au quotidien dans le mouvement œcuménique a souvent de quoi surprendre :
Des orthodoxes fustigeant le laxisme moral des occidentaux,
des pentecôtistes engagés auprès des pauvres, des baptistes épiscopaliens ou non,
des méthodistes très «théologie de libération »,
des Eglises émergentes africaines plutôt spiritualistes, des presbytériens américains culpabilisés,
des Océaniens angoissés par le réchauffement de la planète,
des handicapés qui revendiquent leur place,
des autochtones qui luttent pour ne pas disparaître,
des éthiopiens qui chantent et dansent au tambour,
des cris d’alertes de personnes luttant contre le SIDA,
des femmes luttant contre les violences qui leurs sont faites de par le monde,
des Dalits (d’Inde) qui crient leur marginalisation,
des jeunes qui manifestent,
de « sages » luthéro-réformés français,
des Malabars d’Asie,
des indonésiens persécutés,
des anglo-saxons politiquement corrects,
des catholiques qui réclament de la théologie,
des représentants de toutes les religions manifestant pour la paix,
des invités de l’ONU pointant des populations maltraitées dans l’indifférence de tous…
une véritable foire aux cultures, aux spiritualités, aux modes de pensée et d’engagements devant la réalité du monde, concentrés lors de réunions telles que les Assemblées du COE…

Impossible de rendre compte de cette extrême diversité qui, à certain moment, devient presque une épreuve pour le participant.

On se demande comment tout cela tient ensemble ! Aucun discours, fut-il idéologique ou sagement analytique ne semble les unifier. Quel est donc le secret de ce rassemblement ? Par quel mystère y a-t-il consensus ?

Voici ce que disait le message final de l’Assemblée de Porto Alegre

Nous prions, nous méditons les Ecritures, nous luttons et nous nous réjouissons ensemble, dans notre unité et notre diversité, et nous cherchons à nous écouter attentivement les uns les autres dans un esprit de consensus.

Voilà sans doute une part du secret, accompagné de cette Grâce si souvent invoquée : Dieu, dans ta grâce, transforme le monde…mais aussi, et peut etre surtout transforme-nous !

Les cris de l’humanité

Une telle assemblée est aussi un point focal où convergent bien des préoccupations : les persécutions de certaines Eglises membres du COE, le droit des personnes et des langues autochtones, la réunification de la péninsule coréenne, la traite des femmes pour la prostitution lors des jeux olympiques, la décennie contre la violence qui est à mi-parcours et devrait se conclure par une réunion œcuménique internationale pour la paix.
La pauvreté et l’injustice économique croissantes, effets d’une mondialisation économique dérégulée, ont suscité bien des débats, accusations, prises de positions ; nos Eglises locales peuvent aussi reprendre ces réflexions en utilisant le document suisse, celui de la KEK ou le libre blanc des assises chrétiennes de la mondialisation, finalement mieux adaptés à notre analyse que le document Agape sur lequel l’Assemblée n’a pas trouvé de consensus.
De plus longues déclarations, plus étayées au plan de l’analyse des situations, ont fait consensus :
  • l’Amérique latine, continent d’accueil de l’assemblée, qui se relève péniblement des blessures des violences passées, et lutte pour la vie et la dignité. L’assemblée demande l’allégement de sa dette extérieure.
  • la réforme des Nations unies, notamment pour une meilleure représentativité de ses membres ;
  • la crise de l’eau : l’accès à l’eau douce devient une question urgente pour plusieurs milliards de personnes. deviennent urgent. Nos Eglises devraient participer activement à la décennie internationale « L’eau, source de vie » (2005-2015) et développer des programmes d’accès à l’eau pour tous.
  • l’élimination des armes nucléaires revient à l’ordre du jour pour cause de non respect du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. Les Eglises sont invitées à interpeller leurs gouvernements.

  • l’ingérence humanitaire et la protection préventive des populations, en vue de rechercher la paix au milieu de la violence, avec un débat intéressant sur la nécessité de l’usage ou non de la force en cas d’échec des médiations. Les Eglises se proposent comme médiations et instances de réconciliation.
  • Sur le terrorisme : l’assemblée récuse la notion de « guerre au terrorisme », estime que cette lutte relève de la justice pénale et encourage les initiatives interreligieuses.
  • Devant l’affaire des caricatures, l’assemblée conteste cette liberté d’expression qui sert à faire du mal en tournant en dérision la religion. Elle encourage à redoubler le dialogue interreligieux tout en soulignant qu’il y a d’autres causes que le religieux : le conflit israélo-palestinien, les guerres en Irak et Afghanistan, les frustrations dues au colonialisme et les exclusions de populations au plan économique. Il faut encore lutter contre les préjugés et la xénophobie, et les Eglise ont leur part.


Le message final de l’Assemblée se résumait ainsi :

Nous prenons conscience, à l’écoute des participants à l’Assemblée, des plaintes qui s’élèvent quotidiennement dans leurs pays et dans leurs régions à la suite de catastrophes naturelles, de conflits violents et de situations d’oppression et de souffrance. Pourtant, nous avons aussi reçu de Dieu le mandat de témoigner de la transformation qui survient dans nos vies personnelles, dans nos Eglises, dans nos sociétés et dans l’ensemble du monde.

Relancer la réflexion théologique sur l’unité

Nous nous considérons comme une communauté de chrétiens unis par la foi et la prière qui se vouent à témoigner au monde ensemble et qui sont liés les uns aux autres par la grâce de Dieu. La quête de l’unité visible de l’Eglise demeure au cœur du COE .

Voilà qui recentre la vocation théologique du COE. L’assemblée propose des pas concrets d’ici la prochaine assemblée : par exemple, une même date de pâques, la reconnaissance mutuelle d’un seul baptême, la convocation d’une assemblée œcuménique de toutes les Eglises.

Un texte ecclésiologique « Appelés à être l’Eglise une »

Objectif

Les Assemblées du COE ont adopté des textes qui proposaient une vision – ou précisaient les qualités – de « l’unité que nous recherchons ». 1 Dans la ligne de ces documents, la 9 e Assemblée réunie à Porto Alegre a adopté le présent texte en invitant les Eglises à poursuivre leur pèlerinage commun et à franchir ainsi une nouvelle étape en direction de la pleine unité visible.

Cette Invitation aux Eglises les appelle à poursuivre un double objectif :

(1) énoncer ce que les Eglises, au stade actuel de leur cheminement œcuménique, peuvent dire ensemble sur certains aspects importants de l’Eglise ;

(2) inviter les Eglises à relancer leurs conversations – qui doivent se conforter mutuellement tout en restant ouvertes et prospectives – sur la qualité et le degré de leur communauté fraternelle et de leur communion, ainsi que sur les sujets qui les divisent encore.

I. Le but premier du COE : la koinonia

1. Nous remercions le Dieu Trinitaire, Père, Fils et Saint Esprit, qui a amené nos Eglises à établir entre elles un contact et un dialogue vivants. Par la grâce de Dieu, il nous a été permis de rester ensemble, même lorsque cela n’était pas facile. Des efforts considérables ont été faits pour surmonter nos divisions. Nous sommes « une communauté fraternelle d’Eglises qui confessent le Seigneur Jésus Christ comme Dieu et Sauveur selon les Ecritures et s’efforcent de répondre ensemble à leur commune vocation pour la gloire du seul Dieu, Père, Fils et Saint Esprit ». Nous réaffirmons que « le but premier de la communauté fraternelle d’Eglises que forme le Conseil œcuménique des Eglises est de s’appeler mutuellement à tendre vers l’unité visible en une seule foi et en une seule communauté eucharistique, exprimée dans le culte et dans la vie commune en Christ, à travers le témoignage et le service au monde, et de progresser vers cette unité afin que le monde croie. » Nos divisions persistantes sont autant de blessures réelles infligées au corps du Christ, et la mission de Dieu dans le monde en souffre.

2. Les Eglises membres de la communauté fraternelle du COE demeurent engagées les unes à l’égard des autres sur la voie qui mène à la pleine unité visible. Cet engagement est un don de notre Seigneur miséricordieux. L’unité est à la fois un don et un appel de Dieu. Nos Eglises ont affirmé que l’unité pour laquelle nous prions et œuvrons et que nous espérons est « une koinonia qui est donnée et s’exprime dans la confession commune de la foi apostolique, dans une vie sacramentelle commune à laquelle nous accédons par un seul baptême et que nous célébrons ensemble en une seule communauté eucharistique, dans une vie vécue ensemble dans la reconnaissance mutuelle et la réconciliation des membres et des ministères ; elle s’exprime enfin dans la mission par laquelle nous devenons ensemble témoins de l’Evangile de la grâce de Dieu auprès de tous et au service de la création tout entière. » 5 Une telle koinonia doit s’exprimer en chaque lieu et au travers d’une relation conciliaire d’Eglises en différents lieux. Nous avons beaucoup à faire encore, nous qui, ensemble, cherchons à comprendre ce que signifient l’unité et la catholicité, ainsi que l’importance du baptême.


II. Unité, diversité, apostolicité, catholicité, se rendre mutuellement des comptes

3. Nous confessons l’Eglise une, sainte, catholique et apostolique, pour reprendre les termes du Symbole de Nicée-Constantinople (381). L’unicité de l’Eglise est une image de l’unité du Dieu Trinitaire dans la communion des Personnes divines. La Sainte Ecriture nous présente la communauté chrétienne comme le corps du Christ dont la diversité et l’interdépendance des membres sont essentielles à son intégrité : « Il y a diversité de dons de la grâce, mais c’est le même Esprit ; diversité de ministères, mais c’est le même Seigneur ; diversité de modes d’action, mais c’est le même Dieu qui, en tous, met tout en œuvre. A chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien de tous. » (1 Co 12,4-7) Ainsi, en tant qu’elle est peuple de Dieu, corps du Christ et temple de l’Esprit Saint, l’Eglise est appelée à manifester son unicité dans la riche diversité.

4. En tant qu’elle est communion de croyants, l’Eglise est créée par la Parole de Dieu : c’est en effet en écoutant la proclamation de l’Evangile que s’éveille la foi, par l’opération du Saint Esprit (Rm 10,17). Etant donné que la Bonne Nouvelle proclamée pour éveiller la foi est la Bonne Nouvelle transmise par les apôtres, l’Eglise créée par elle est apostolique. Bâtie sur les fondations des apôtres et des prophètes, l’Eglise est la maison de Dieu, un temple saint où l’Esprit vit et agit. Par la puissance de l’Esprit Saint, les croyants édifient progressivement un temple saint dans le Seigneur (Ep 2. 21-22).

5. Nous affirmons que la foi apostolique de l’Eglise est une, tout comme le corps du Christ est un. Pourtant, il peut légitimement exister des formulations différentes de la foi de l’Eglise. La vie de l’Eglise, en tant que vie nouvelle en Christ, est une ; pourtant, elle s’édifie par le moyen de charismes et ministèresdifférents. L’espérance de l’Eglise est une; pourtant, celle-ci s’exprime dans des espoirs humains différents. Nous reconnaissons qu’il y a des points de départ ecclésiologiques différents et toute une gamme de conceptions sur la relation entre l’Eglise et les Eglises. Certaines de ces différences sont des expressions de la grâce et de la bonté de Dieu : il s’agit de les discerner dans la grâce de Dieu, avec l’aide de l’Esprit Saint. D’autres différences divisent l’Eglise; il s’agit de les surmonter par les dons de l’Esprit que sont la foi, l’espérance et l’amour, de façon que la séparation et l’exclusion n’aient pas le dernier mot. Le dessein de Dieu est de « mener les temps à l’accomplissement, réunir l’univers entier sous un seul chef » (Ep 1,10), en réconciliant les divisions entre les êtres humains. Dans l’amour, Dieu appelle son peuple au discernement et au renouveau sur le chemin qui mène à la plénitude de la koinonia.

6. La catholicité de l’Eglise exprime la plénitude, l’intégrité et la totalité de sa vie en Christ, par l’Esprit Saint, en tous lieux et en tous temps. Ce mystère s’exprime dans chaque communauté de fidèles baptisés dans laquelle la foi apostolique est confessée et vécue, l’Evangile est proclamé et les sacrements sont célébrés. Chaque Eglise est l’Eglise catholique et non pas seulement une partie d’elle. Chaque Eglise est l’Eglise catholique, mais elle n’en est pas la totalité. Chaque Eglise réalise sa catholicité lorsqu’elle est en communion avec les autres Eglises. Nous affirmons que la catholicité de l’Eglise s’exprime de la manière la plus visible dans le partage de la sainte communion et dans un ministère mutuellement reconnu et réconcilié.

7. Les relations entre Eglises sont dynamiquement interactives. Toutes les Eglises sont, individuellement, appelées à donner les unes aux autres, à recevoir les unes des autres et à se rendre mutuellement des comptes. Chaque Eglise doit prendre conscience de tout ce qui, dans sa vie, est provisoire, et avoir le courage de l’admettre face à d’autres Eglises. Même aujourd’hui, alors que le partage eucharistique n’est pas toujours possible, les Eglises divisées se rendent mutuellement des comptes et expriment des aspects de la catholicité lorsqu’elles prient les unes pour les autres, partagent des ressources et s’entraident en cas de besoin, prennent des décisions ensemble, œuvrent ensemble pour la justice, la réconciliation et la paix, admettent leur obligation de s’expliquer sur leurs manières respectives d’être disciples conformément aux promesses du baptême, et poursuivent le dialogue en dépit de leurs divergences, refusant de dire : « Je n’ai pas besoin de vous. » (1 Co 12,21) Tout ce qui nous sépare nous appauvrit.


III. Le baptême appelle à l’unité

8. Tous ceux qui ont été baptisés en Christ sont unis avec Christ dans son corps : « Par le baptême, en sa mort, nous avons donc été ensevelis avec lui, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous menions nous aussi une vie nouvelle. » (Rm 6,4) Dans le baptême, l’Esprit confère la sainteté du Christ aux membres du Christ. Le baptême qui fait entrer en union avec le Christ appelle les Eglises à être ouvertes et honnêtes les unes à l’égard des autres, même lorsque c’est difficile : « Mais, confessant la vérité dans l’amour, nous grandirons à tous égards vers celui qui est la tête, Christ » (Ep 4,15). Le baptême octroie aux Eglises à la fois la liberté et la responsabilité de tendre vers la proclamation commune de la Parole, la confession de la seule foi, la célébration d’une seule eucharistie et le partage complet d’un seul ministère. Certaines Eglises qui n’observent pas le rite du baptême d’eau partagent néanmoins le désir d’être fidèles au Christ. 7

9. Notre appartenance commune au Christ par le baptême au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit appelle les Eglises à cheminer ensemble et les en rend capables, même lorsqu’elles sont en désaccord. Nous affirmons qu’il y a un seul baptême, tout comme il y a un seul corps et un seul Esprit, une seule espérance à laquelle nous sommes appelés, un seul Seigneur, une seule foi, un seul Dieu et Père de tous (cf. Ep 4,4-6). Dans la grâce de Dieu, le baptême manifeste cette réalité que nous appartenons les uns aux autresmême si certaines Eglises ne sont pas encore en mesure de reconnaître les autres comme Eglise au plein sens du terme. Nous rappelons les termes de la Déclaration de Toronto dans laquelle les Eglises membres du COE reconnaissent que « l’appartenance à l’Eglise du Christ s’étend au delà du corps de leurs fidèles. Elles cherchent donc à établir un contact vivant avec ceux qui, hors de leurs rangs, confessent la Seigneurie de Jésus Christ. » 8


IV. l’Eglise : mystère, signe et instrument de réconciliation

10. En tant qu’elle est la création de la Parole et de l’Esprit de Dieu, l’Eglise est un mystère, un signe et un instrument de ce que Dieu veut pour le salut du monde. La grâce de Dieu s’exprime dans la victoire sur le péché – une victoire donnée par le Christ – ainsi que dans la guérison et l’intégrité de l’être humain. Le royaume de Dieu peut se percevoir dans une communauté réconciliée et réconciliatrice appelée à la sainteté : une communauté qui s’efforce de surmonter les discriminations qui s’expriment dans des structures sociales de péché, et de travailler à la guérison des divisions dans sa propre vie et à la guérison et l’unité dans la communauté humaine. L’Eglise participe au ministère réconciliateur du Christ, qui s’est dépouillé lui-même, lorsqu’elle accomplit sa mission, affirmant et renouvelant l’image de Dieu dans toute l’humanité et œuvrant avec tous ceux qu’une marginalisation économique, politique et sociale a privés de leur dignité humaine.

11. La mission fait partie intégrante de la vie de l’Eglise. Dans sa mission, l’Eglise exprime sa vocation de proclamer l’Evangile et d’offrir le Christ vivant à la création tout entière. Dans leur vie, les Eglises se trouvent en contact avec des adeptes d’autres religions et d’idéologies de notre temps. Etant un instrument de Dieu, Seigneur souverain de toute la création, l’Eglise est appelée à dialoguer et à collaborer avec eux de façon que sa mission mène toutes les créatures au bien, et la terre au bien-être. Toutes les Eglises sont appelées à lutter contre le péché dans toutes ses manifestations, tant en elles qu’autour d’elles, ainsi qu’à collaborer avec d’autres pour combattre l’injustice, atténuer la souffrance humaine, vaincre la violence et assurer la plénitude de vie à tous les êtres humains.


V. Appels et questions aux Eglises

12. Depuis sa création, le Conseil œcuménique des Eglises a toujours été un instrument privilégié par lequel des Eglises ont pu s’écouter et se parler mutuellement, discuter de problèmes auxquelles elles-mêmes sont confrontées et qui menacent le monde. Au travers de dialogues bilatéraux et multilatéraux, les Eglises participant au mouvement œcuménique ont également discuté de questions qui les divisent. Et pourtant, les Eglises n’ont pas toujours admis leur responsabilité mutuelle les unes à l’égard des autres, ni toujours reconnu qu’elles devaient rendre compte, les unes aux autres, de leur foi, de leur vie et de leur témoignage ainsi que préciser les facteurs qui les divisent encore. Etant donné l’expérience de la vie que nous partageons déjà et les résultats obtenus dans les dialogues multilatéraux et bilatéraux, nous pensons qu’il est temps de prendre des mesures concrètes ensemble.

13. En conséquence, la Neuvième Assemblée appelle le Conseil œcuménique des Eglises à continuer à faciliter des conversations en profondeur entre différentes Eglises.

Nous invitons également toutes nos Eglises à l’exercice difficile consistant à rendre honnêtement compte de la relation existant entre la foi et la constitution qui leur sont propres et la foi et la constitution des autres. Chaque Eglise est invitée à exprimer clairement les principes qui déterminent sur le fond, ou même qui nuancent dans la forme, ses relations avec les autres Eglises. C’est en se communiquant honnêtement ce qu’elles ont en commun mais aussi ce qui les sépare et les différencie que les Eglises pourront mieux acquérir les éléments qui contribuent à l’établissement de la paix et à l’édification de la vie en commun.

14. Dans la perspective du but de la pleine unité visible, les Eglises sont appelées à se pencher sur des questions qui reviennent en permanence en adoptant des méthodes nouvelles et mieux ciblées.

Parmi les questions que les Eglises doivent étudier en permanence, on citera notamment celles-ci :

a. Dans quelle mesure chaque Eglise discerne-t-elle l’expression fidèle de la foi apostolique dans sa vie, sa prière et son témoignage et dans ceux des autres Eglises ?
b. Sur quels points chaque Eglise perçoit-elle la fidélité au Christ dans la foi et la vie des autres Eglises ?
c. Chaque Eglise reconnaît-elle une structure commune d’initiation chrétienne, fondée sur le baptême, dans la vie des autres Eglises ?
d. Pourquoi certaines Eglises estiment-elles qu’il est nécessaire, d’autres qu’il est admissible, d’autres qu’il n’est pas possible de partager la Sainte Cène avec les membres d’une autre Eglise ?
e. Selon quelles modalités chaque Eglise est-elle en mesure de reconnaître les ministères ordonnés des autres Eglises ?
f. Dans quelle mesure chaque Eglise peut-elle partager la spiritualité des autres ?
g. Dans quelle mesure chaque Eglise peut-elle s’associer aux autres Eglises pour s’attaquer à des problèmes tels que les hégémonies politiques et sociales, la persécution, l’oppression, la pauvreté et la violence ?
h. Dans quelle mesure chaque Eglise va-t-elle participer à la mission apostolique des autres Eglises ?
i. Dans quelle mesure chaque Eglise peut-elle participer avec les autres à la formation religieuse et à l’éducation théologique ?
j. Dans quelle mesure chaque Eglise peut-elle participer à la prière commune et au culte d’autres Eglises ?

En abordant ces questions, les Eglises seront mises au défi de distinguer des domaines de renouveau dans leur propre vie, et de nouvelles occasions d’approfondir leurs relations avec les Eglises d’autres traditions.


VI. conclusion : un chemin ardu et joyeux

15. Nos Eglises font route ensemble dans la conversation et l’action commune, avec la certitude que le Christ ressuscité s’est révélé, comme il l’a fait en rompant le pain à Emmaüs, et qu’il dévoilera le sens profond de la communauté fraternelle et de la communion (Lc 24,13-35). Prenant acte des progrès accomplis dans le mouvement œcuménique, nous encourageons nos Eglises à continuer d’avancer sur ce chemin ardu mais joyeux, mettant notre confiance en Dieu le Père, Fils et Saint Esprit, dont la grâce transforme en fruits de communion les efforts que nous faisons pour parvenir à l’unité.

Il faut compter aussi avec les documents du groupe mixte COE/Eglise catholique, notamment sur le baptême et le sens du dialogue.
Enfin, l’assemblée a poussé le COE à intensifier les dialogues avec le monde pentecôtiste : elle reconnaît la contribution manifeste des Eglises pentecôtistes dans le paysage chrétien en mutation et l’importance pour le mouvement œcuménique de s’engager dans un processus d’apprentissage mutuel et de dialogue suivi avec ces Eglises.

Il reste que faire de la théologie en contexte mondial décale et dérange. Notre manière occidentale (rationnelle, critique, dialectique) perd son hégémonie et se heurte à d’autres formes de pensée théologique plus « holistiques », incantatoires, englobantes. La tentation est au repli autosuffisant. Comment transformer cette différence en richesse ? Le débat ne fait que commencer, mais quoi qu’il arrive, nous sommes déterminés à demeurer ensemble.

Il faudrait encore parler du dialogue interreligieux, des collaborations avec diverses agences internationales, du souci des jeunes, des handicapés, des populations autochtones, et de bien d’autres programmes. Le COE est une machine tentaculaire, aux multiples réseaux, et sur laquelle reposent un nombre infini d’attentes.

Comment faire communauté avec tout cela sans se diluer à l’infini ? La commission spéciale avec les orthodoxes a proposé de préciser les statuts, notamment les conditions pour être membres sur la base plus resserrée du symbole de Nicée-Constantinople et d’un engagement vers la reconnaissance mutuelle du baptême. Une manière de se recentrer théologiquement pour mieux s’ouvrir au dialogue avec tous.

Comme le dit Rowan Williams, archevêque de Canterbury : notre identité de chrétien concerne notre relation à Dieu, une relation qui s’exprime en paroles et en actes. En ce sens, l’identité chrétienne est « liturgique ».Il s’agit d’être « en Christ », or la place du Christ est ouverte à tous…






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