Seal
Ukrainian Catholic University
Know Thyself
 • L’Université aujourd’hui • Historique • Evénements • Conférences et Séminaires • Actualités religieuses • Semestre d’été
 / Page d'accueil / Conférences et Séminaires / 2004 / Sang des martyrs, Semence d'Eglise / L'expérience des martyrs pour la génération contemporaine:
  

 Conférences et Séminaires 2008
 •  Semaine sociale œcuménique

 Conférences et Séminaires 2007
 •  La question de l'athéisme
 •  La primauté de l'Eglise de Rome
 •  Une nouvelle vision orthodoxe de la mission aujourd’hui
 •  Que tous soient un
 •  Comment surmonter ensemble la souffrance ?
 •  La sagesse chrétienne : un art de vivre
 •  Œcuménisme, dialogues inter-religieux et fondamentalismes

 Conférences et Séminaires 2006
 •  Dialogue entre les religions : kénose ou compromis ?
 •  Appelés à être l’Eglise une
 •  RADICAL ORTHODOXY: Une réponse chrétienne à la culture post-moderne
 •  Leçon inaugurale du Mastère d'études œcuméniques

 Conférences et Séminaires 2005
 •  L'Amitié: valeur œcuménique
 •  Le Christ Notre Pâques

 Conférences et Séminaires 2004
 •  Orthodoxie et œcuménisme
 •  Conférence de Monseigneur Pierre d'Ornellas, évêque-auxiliaire de Paris
 •  Les enjeux de l'uniatisme à la lumière de la déclaration de Balamand (1993)
 •  Sang des martyrs, Semence d'Eglise
 •  Personne, Sagesse, Hypostase, une vision renouvelée de la divino-humanité

 Conférences et Séminaires 2003
 •  La vie ecclésiale en Ukraine après la fin de l'URSS
 •  Vladimir Soloviev, La Russie et l’Eglise Universelle
 •  Séminaire en anthropologie religieuse
 •  La corruption dans l’enseignement supérieur

 Conférences et Séminaires 2002
 •  Venue en Ukraine du Cardinal Walter Kasper

L'expérience des martyrs pour la génération contemporaine

Oleh Tury
directeur de l'Institut de l'Histoire de l'Eglise (UCU)

En Ukraine l'histoire du XXè siècle est colorée de rouge. Selon des statistiques approximatives, environ 17 millions de gens sont morts de mort violente sur cette terre. Ce qui est particulièrement tragique, c'est le fait qu'ils ne soient pas morts à cause des guerres ou des conflits, mais à cause des idéologies chimériques du monde où il n'y avait pas de place pour Dieu. Une partie intégrante de la tragédie sanglante de la violence en Ukraine était la persécution intentionnelle de la religion et l'imposition de l'athéisme. Tâchant d'affermir sa domination totalitaire, l'autorité communiste ne supportait pas l'existence de structures qui proposaient d'autres valeurs- celles humaines. La lutte contre la religion est devenue l'idéologie de l'état, et pour l'accomplir on ne ménageait pas ses forces, ne faisait pas attention aux moyens. Au résultat de cette politique les églises étaient détruites, brulées et profannées, les prêtres et les croyants, des orthodoxes et des catholiques, des représentants des autres communautés et religions étaient torturés, arrêtés et déportés dans les camps sibériens; persécutées, obligées de passer en clandestinité, des Eglises entières étaient détruites. Voici les “succès” du “socialisme réel” qui, dans cette partie du globe, s'est affirmé sur les os et le sang de millions de personnes. Le résultat logique de cette politique fut la liquidation de l'Eglise Gréco-Catholique d'Ukraine en 1946 en Galicie et en 1949 en Transcarpathie par la voie de sa “réunion” forcée avec l'Eglise Orthodoxe de Russie, asservie au régime athée.

En même temps, l'histoire du XXè siècle en Ukraine – ce n'est pas que l'histoire de la violence avec des buts précis et méthodologiques de ceux qui détiennent le pouvoir ou de l'agonie déséspérée des condamnés. C'est surtout l'histoire du courage invincible et de la résistance héro ¿ que, invincibilité de l'esprit et de la puissance immence de la foi qui était la seule arme pour ceux qui ont quand même remporté la victoire dans un combat inégal entre le Bien et le Mal, pour ceux qui ont vu la Fête de la Résurrection de son Eglise. Grâce à la fermeté des évèques et du clergé, à la fidélité des la ¿ ques, des centaines de martyrs connus et inconnus, l'EGCU a résisté durant la période de la “liquidation” officielle, elle s'est organisé en clandestinité, elle a donné naissance aux nouvelles générations des chefs d'église et de croyants, leur donnant l'espoir d'un meilleur avenir. Durant presque 50 ans cette Eglise fut non seulement la plus grande communauté chrétienne persécutée dans le monde, mais aussi la plus grande organisation sociale qui résista au système totalitaire de l'URRS.

Il ne faut pas oublier ou négliger l'histoire de ce combat, l'histoire du martyre et du sacrifice des héros connus ou inconnus à cause d'autres “affaires plus importantes”. Elle a besoin de la connaissance immédiate et de l'interprétation approfondie – celle respectueuse et en même temps critique et systématique. Ce n'est pas pour la satisfaction d'intérêts purement intellectuels (on dit souvent: pour “découvrir une autre tache blanche – ou plutôt sanglante – du passé”) ni pour régler des comptes avec le passé (une certaine “comptabilité historique” ou bien, en nous exprimant par euphémisme – le “rétablissement de la justice historique”). C'est surtout nous, qui vivons aujourd'hui, qui avons besoin de la reconnaissance de cette histoire des persécutions et du martyre pour nous purifier du péché de la haine et du carnage, pour honorer la mémoire des tués innocemment, pour nous repentir et ne pas blâmer pour pardonner, et de tout cœur et âme nette demander pardon. Ce n'est qu'en ce cas-là que nous pourrions avoir l'espoir que la tragédie du passé ne se répétera jamais et que les souffrances vécues et le sang répandu ne provoqueront pas de vengeance, mais qu'ils deviendront l'exemple à suivre et une source d'enthousiasme si nécessaire pour construire un nouvel avenir.

Autrement dit: nous avons à apprendre ce qui est arrivé, où, quand et à qui, mais nous devons aussi essayer de comprendre ce que précisément veut nous dire notre Dieu, Créateur de l'histoire, par ce qui est arrivé, ce qu'il veut nous apprendre par l'expérience des martyrs qui nous devancent. Cela tient en trois mots : la Foi, l'Espérance et l'Amour. L'un pourra estimer que c'est banal, un autre, que ce n'est pas très historique, et un troisième que ce n'est pas trop théologique. Mais j'essayerai d'expliquer mon opinion, en donnant quelques exemples.

Il n'y a pas de doute que c'est une Foi profonde qui faisait le pivot, la base qui permettaient de supporter la violence de la tyrannie, la domination qui ne se basait pas que sur l'athéisme, mais sur la lutte orientée contre la foi. Cette foi se manifestait en envie d'être avec le Christ à chaque seconde, d'accomplir Ses commandements et la mission qu'Il avait confiée. Ainsi, les contemporains se souvenaient de Ioakym Senkivskyi – le supérieur du Monastère des vassylians à Drohobytch – qui selon les témoignages des emprisonnés fut cuit dans la chaudière de la prison en juin 1941, que “ depuis les premiers jours de son séjours à Drohobytch il est devenu le favori de toute la ville. Il a suscité la sympathie des citoyens grâce à son merveilleux don de prêcher, de savoir communiquer aussi bien avec un intellectuei qu'avec un ouvrier, avec un vieux ou un jeune, même avec les petits enfants. Il était toujours poli, il souriait toujours sincèrement. On sentait dans le cœur, qu'il n'était jamais en colère, que derrière la modestie et la digniné innée, il était un vrai serviteur du Christ...” [3].

Cette fidélité immense et le sacrifice total au service du pasteur était non seulement la garantie de la résistance durant les épreuves, mais même longtemps avant eux elle était jugée par les proches comme le signe de la sainteté. Un de ses confrères belges – rédemptoriste dans les années 30 du XXè siècle nous a laissé un tel souvenir de Monseigneur béatifié Mykola Tcharnetskyi, missionnaire apostolique à Volyn', et finalement – prisonnier du Goulag: “ Il passait pour un saint moine et un missionnaire. Dans la Communauté on le prenait toujours pour un homme de Dieu, plein d'amour pour Dieu et les âmes. Comme un bon père, il servait d'exemple pour toute la Communauté. Il respectait les Règles dans les moindres détails. Il ne laissait passer aucun exercice, ordonnée dans les Règles, il les respectait d'une façon précise, en détails, parfaitement. Les prières du matin, la confession ; la communion régulière aux Saints sacrements, la récitation du bréviaire, les réflexions spirituelles, les remerciement après la Sainte Messe, les conférences du dimanche etc., la lecture srirituelle – c'était sa règle vivante. C'était un saint, digne d'une immense admiration. Un moine parfait – prêtre et apôtre ” [4].

Même les ennemis étaient impuissants contre les prières de nos hommes de justice. Un agent des organes de sécurité a raconté à sa famille après l'arrestation du père Mykhailo Vynnytskyi: “ Un prêtre est arrivé. Il s'appelle Vynnytskyi. Toute la nuit il est resté à genoux et il a prié. Je n'ai jamais vu rien de tel avant ” [5]. Quand durant un interrogatoire de monseigneur clandestin Vassyliy Velytchkovskyi, le juge d'instruction, tremblant de colère, exigeait que lui se dise coupable, le béatifié récitait la prière à “La Sainte Vierge Marie” sans s'arrêter pendant quelques heures, jusqu'à ce que ce bourreau ne le supportant ait quitté la cellule [6].

Rester avec Dieu signifie pour un chrétien d'accepter Ses saints dons du Corps et du Sang. Pour les pasteurs cela voulait aussi dire la responsabilité de faire un sacrifice pacifique en toutes circonstances. Même emprisonnés, les prêtres et les évèques essayaient de ne pas oublier l'Eucharistie. Par exemple, le père Mykhailo Vynnytskyi servait, restant dans le lit. Sa poitrine lui servait d'autel, ses lunettes de vase liturgique, l'étui – pour apporter les saints dons. Le béatifié monseigneur Vassyliy Velytchkovskyi se servait du couvercle d'une boîte de conserves et “ Cette boîte , – a dit le Métropolite Maksym Hermaniuk dans son discours le 2 juillet 1972, après sa libération, – était le vase et son disque/patène , son autel et son église, telle est la cathédrale de Dieu, telle est la foi. C'est une Eglise qu'aucune violence ne détruira, qu'aucune prison ne fermera, que rien ni personne ne détruira puisque c'est la force des convictions, puisque c'est la grâce de Dieu ” [7]. Pour faire la Messe d'une façon convenable une la ¿ que Natalia Popovytch a brodé deux icônes avec une arête (utilisant même le fil du drapeau soviétique comme il n'y en avait pas d'autres) [8].

Cette foi se manifestait non seulement comme envie de témoigner le Christ aux autres, on était prêts à le suivre personnellement, de souffrir et de mourir pour Lui. Ainsi, Leonid Fedorov, exarque béatifié des gréco-catholiques russes, emprisonné par le pouvoir soviétique aux Solovky, avant son arrêt en 1923, écrivait dans sa lettre au Métropolite de Galicie André Cheptytskyi “ Je suis sûr que si on verse notre sang, et en plus en grandes quantités, ce sera le meilleur Ecclesiae russicae catholicae ”. De plus, dans les souffrances de toute l'Eglise Russe – orthodoxe et catholique – il voyait “un secret de l'expiation” et sa contribution spéciale à “l'union de l'Eglise universelle” [9]. Le serviteur de Dieu André, lui-même, dans ses sermons et ses épîtres de pasteur dans les années 30 s'adressait souvent aux pasteurs et croyants avec un appel: “ Soyez prêts pour les temps où vous aurez à survivre pour le Christ et Son Eglise, peut-être même à leur sacrifier votre vie ” [10]. Quand en raison du pacte de Ribentropp-Molotoff, les armées soviétiques ont occupé l'Ukraine Occidentale, l'Archevêque de Galicie s'est adressé le 10 octobre 1939 au Pape Pie XII avec une demande personnelle de “ donner la bénédiction d'apôtre et de père et d'ordonner, d'autoriser et de me désigner à mourir pour la Foi et l'Eglise... Nous accomplirons notre but et le Goliath du communisme soviétique s'éloignera ” – assurait le Métropolite Andrey [11].

Il faut aussi dire que dans la préparation aux futures épreuves nos hommes justes béatifiés et les confesseurs se basaient aussi sur l'expérience des martyrs – leurs prédécesseurs. En particulier, juste la veille de l'invasion bolchevique les moines-studites appellaient dans leur édition “La voie claire” leurs frères de suivre Leonid Fedorov qui n'était pas encore béatifié, mais il était déjà considéré saint, dans Les connaissances des gestes et les écritures des Saints Maîtres de l'Eglise, comme ils “ ont confirmé le père Leontiy dans sa foi et lui ont aidé de supporter toutes les peurs du persécuteur réel du Christ – et on nous renforcera dans notre foi, montera l'esprit et nous aidera à surmonter avec le Christ cette horreur qui, comme il semble, s'approche très vite de nous ” [12].

Ceux qui devaient porter leur Croix de souffrances et de persécutions ne cachaient ce grand optimisme chrétien même devant leurs persécuteurs. Ainsi, le prêtre Bobjytskyi de Staryi Yarutchiv dans la région de Lviv a répondu à une proposition d'un des agents soviétiques de passer à l'Eglise Orthodoxe Russe controlée par le régime: “ Se réunir? Jamais... Je suis fier que je vis dans le temps où je deviendrai martyr pour la foi catholique ” [13].

La foi profonde et l'absense de peur étaient la base sur laquelle se basait la fidélité des évèques et des prêtres gréco-catholiques, des moines, des nones et des la ¿ ques de l'Eglise de Christ à leur vocation et au service à l'Eglise aussi qu'à leur chef suprême – le successeur de Pierre. Selon le témoignage d'un des emprisonnés, monseigneurv béatifié Grygoriy Khomychyn durant les interrogatoires de l'instructeur sadiste “ Vous, Khomychyn, vous étiez contre le communisme ?” répondait résolument “ Je l'étais et je le serai ”; “ Vous, vous luttiez contre le pouvoir soviétique ?” – “ Je luttais et je continuerai !” [14]. Comme disant dans le rapport de son activité criminelle l'organisateur du meurtre de monseigneur béat Téodor Romja à Paul Soudoplatov, l'évèque fut tué uniquement parce qu' “ il résistait activement à la réunion des gréco-catholiques aux orthodoxes ” [15]. Dans une des dénonciations aux organes soviétiques de surveillance de l'Eglise en 1946 nous lisons que “dans la région de Horodokun un vieux prêtre durant la conversation avec un orthodoxe a dit qu'au résultat de la réunion il y aurait beaucoup de ”martyrs“, c'est-à-dire beaucoup de prêtres qui resteraient fidèles à l'Unia même s'ils auraient à supporter des diverses souffrances” [16]. Une sœur-basilienne de Lviv Boudzynska disait que “ la foi gréco-catholique est vraie et je ne l'abandonnerai jamais, même si on me torturait. Je suis sûre qu'aucun des prêtres et des moines de l'Ordre des basiliens et d'autre Ordres de moines ne passeront pas à l'orthodoxie parce qu'elle vient de Moscou et qu'elle est surveillée par des bolcheviques. Ils introduisent l'église orthodoxe pour que nous refusions la foi catholique et après ils fermeront les églises et détruiront la religion ”. Une moniale-studite Olena Bilohoubka s'est exprimée pareillement: “ Je crois en église gréco-catholique, je ne peux pas accepter la foi orthodoxe et personne ne m'y forcera ” [17].

Une fermeté particulière ont montré les membres de l'ordre des Basiliens. Selon les données du mandataire du Conseil régional sur les affaires des cultes religieux un moine-prêtre du monastère de Jovkva de l'ordre des Basiliens Datsychyb a déclaré “ Nous, les prêtres basiliens accepterons plutôt toutes les souffrances, mais nous ne trahirons pas notre foi et nous ne passerons pas à l'orthodoxie ”. Le supérieur du monastère de Zolotchiv Iossafat Fedorouk a même préparé un appel spécial aux prêtres et croyants où il assurait: Tant que dans nos cœurs brille la foi et l'amour à notre église catholique, elle existera dans nos âmes, bien que nos maisons de Dieu soient fermées et les prêtres destitués... Pour cette vérité nous devons être prêts non seulement à la persécution et à la patience, mais aussi à lui donner notre vie. N'ayez pas peur de ceux qui tuent le corps, ils ne peuvent pas tuer l'âme. N'oubliez pas qu'il est mieux de mourir honnètement et en gloire comme des martyrs pour la foi que vivre en péché, en honte et de perdre à jamais son âme [18]. Sous leur influence les prêtres du décanat de Zolotchiv ont refusé définitivement d'appuyer “l'action de réunion” du pouvoir de l'état, l'ayant qualifié de “ grande tromperie”, neuf d'entre-eux ont même “juré de ne jamais passer à l'orthodoxie” [19].

 

Avec la notion de la fidèlité presque co ¿ ncide sémantiquement le mot sûreté ce qui nous permet de passer à une autre catégorie, à l'aide de laquelle nous pouvons configurer le sens de l'exploit des neufs martyrs pour l'époque moderne – l'Espérance. Une personne fidèle à quelque chose ou à quelqu'un est obligatoirement sûre pour quelque chose ou quelqu'un. Ce sont des traits qu'ont manifesté le père béatifié Mykolai Kondrat et le diacre Volodymyr Pryima, torturés brutalement par des agents de la sécurité de l'état (NKVD) après avoir visité en 1941 une femme malade qui avait besoin d'une sainte confession. Voici les souvenirs du paroissien Yuriy Skavronskyi: “ Il y allait avec les Saints Sacrements; il y allait pour accomplir son saint devoir – confesser une femme dans un village voisin. Il ne pouvait pas ne pas y aller, même si on l'arrêtait. Je sais qu'on lui disait: “Père, n'y allez pas, regardez ce qui se passe, la guerre est commencée, tout peut vous arriver”. Il a répondu: “C'est mon saint devoir; je dois y aller”. Volodymyr Pryima s'est habillé aussi et ils sont partis... Et ils ne sont pas rentrés... Ce n'est qu'une semaine plus tard qu'on les a trouvés torturés à mort. Les gens ont compris qu'il fallait les chercher et on les a trouvés... La femme du diacre avait deux enfants. L'un avait à peu près trois ans, l'autre en avait quatre. Ma maman m'a raconté que quand on les avait trouvés, tous étaient saisis d'éffroi. C'était surtout le diacre qui était blessé, sa poitrine trouée avec des ba¿onnettes ” [20]. Des traits pareils du pasteur attentif a montré en même temps un martyr béatifié Andrey Ichtchak qui, connaissant le danger mortel a refusé d'abandonner ses paroissiens sans le soin moral et qui fut tué par des soldats de l'Armée rouge de l'occupation [21]. Monseigneur clandestin Symeon Loukatch, arrêté en 1949 à cause du refus de passer à l'orthodoxie du régime, durant les interrogatoires a avoué son activité de pasteur, ayant catégoriquement refusé de dire les noms d'autres membres de l'Eglise des catacombes. Dans le procès-verbal de son interrogatoire est indiqué: “ Je faisais les messes dans les appartements et dans quelques maisons. Il y participait d'une à trente personnes... Je célébrais des baptêmes aussi et des mariages. Pourtant la conscience ne me permet pas de me souvenir des noms pourque ces gens qui cherchaient un soutien moral chez moi ne souffrent pas à cause de moi. J'agissais en croyant que j'accomplissais le service de Dieu, c'est pour cela que j'étais en danger d'être en collision avec la loi d'état. Comme l'état me reconnait coupable, je veux prendre toutes les responsabilités moi-même ” [22].

Je crois que cette capacité d'être un appui sûr pour les autres se basait sur la conscience immense de la puissance de Dieu et sur l'espérance personnelle sur Ses soins et clémences permanents. Un des épisodes qui est arrivé pendant l'attaque réitérative des armées soviétiques en 1944 à monseigneur Mykolai Tchernets'kyi le montre avec évidence. Une fois monseigneur Mykolay donnait une conférence au séminaire, quand tout à coup on a entendu le bruit du bombardement dans la ville. Les étudiants ont eu peur tout de bon. L'ayant remarqué, le béatifié s'est adressé à eux d'une voix calme : “ Peut- être voulez-vous vous cacher dans le souterrain? Vous pouvez y aller. Mais ne craignez pas, on est dans les mains de Dieu ” [23]. La sœur de Congrégation Sainte Iossafate Olimpia Bida, qui avec deux autres sœurs étaient condamnées à la déportation à la vie en Sibérie pour leurs activité antisoviétique, ne perdait pas l'espoir non plus. Supportant des souffrances énormes physiques et psychologiques, elle écrivait à sa supérieure: “ La toute -puissance de Dieu, la providence de Dieu ne laissera pas ses enfants mourir à l'étranger, car Il est ici, avec nous, parmi ces bois et ces eaux, Il ne nous oublie pas... Nous souffrons pour la foi, pour l'affaire de Dieu, qu'y a-t-il de mieux... Suivons couragement Ses pas. Et pas quand nous allons bien, mais quand nous allons mal, nous dirons “Gloire à Dieu pour tout ” [24]. Guidé par les intentions de persévérer dans la foi et de soutenir l'espoir, le martyr béatifié Zenovij Kovalyk disait chaque jour avec les prisonniers de sa cellule la prière du Rosaire, il les confessait, le dimanche il lisait les prières liturgiques et durant tout un mois de mai il servit pour les prisonniers le Te Deum à la Sainte.Vierge. Monseigneur Velytchkovs'kyi accomplissait sa mission dans la cellule des condamnés à mort où il attendait l'accomplissement de sa peine: il parlait aux présents de Dieu, des Saints-Sacrements, il leur apprenait à prier, célébrait la Sainte.Messe en secret des geôliers [25].

Un autre nouveau martyr qui est mort de tortures dans un camp de concentration près de Vorkouta en 1950, un prêtre prisonnier lituanien, Alfonce Svarinskas se souvenait: “ A la déportation, parmi les hommes de rien j'ai rencontré aussi des vrais anges dans les corps des hommes qui par leurs vie présentaient des chérubins glorifiant le Christ – Roi de Gloire. Parmi eux il y avait un confesseur de la foi, Monseigneur Grygoriy, l'adjoint de l'évêque de Peremysl, qui depuis 1945 jusqu'à la moitié de 1950 nous éclairait la vie à nous, les forçats, par son exemple des qualités chrétiennes ” [26]. Les moniales du monastère de l'Intercession de la Vierge sont arrivées à enterrer le corps de monseigneur martyr Iossafat Kotsylovs'kyi, l'ayant racheté chez les gardiens selon le conseil de l'évêque orthodoxe, emprisonné dans le même camp de concentration près de Kyiv. Cet évêque orthodoxe demanda de “ l'enterrer dans une tombe séparée comme c'était une sainte personne ” [27].

On attendait toujours avec espoir l'arrivée dans son pays natal le père béatifié Oleksiy Zaryts'kyi qui, après huit ans d'emprisonnement dans les camps de Sibérie et de Kazakstan pour le refus de passer à l'orthodoxie, visitait quelques fois son domicile, mais revenait à l'Est pour soigner les âmes des pèlerins éparpillés. Une moniale Konstantsiya Seniuk témoigne que “ presque tout le village l'attendait. Même les orthodoxes ne se confessaient pas, ils l'attendaient... Et on l'a attendu... Quand nous avons dit aux gens que le père Zaryts'kyi était là, tous sont venus chez nous pour se confesser. On a commencé la confession le soir et elle a duré presque jusqu'au matin. La matin le père a célébré la messe. Beaucoup de gens [en] ont profité: les vieux comme les jeunes. On se mariait, on baptisait les enfants. Le père Zaryts'kyi est resté avec nous tout l'été. Et le 21 septembre il devait repartir pour Karaganda puisque là aussi, on l'attendait ” [28]. ² l est indubitable que la qualité qui réunit et complète les deux premières composantes du testament de nos martyrs est l'Amour. Dieu Lui-même “a tellement aimé le monde qu'il a donné Son Fils Unique pour que chaque personne croie en Lui, ne meure pas mais ait la vie éternelle (Jn, 3,16). Peut-être l'exemple le plus clair d'un tel amour allant jusqu'au point d'accepter physiquement la croix est l'exploit du martyr béatifié Zenovij Kovalyk. Sur une icône personnelle, réalisée à l'occasion de sa première messe de prêtre, était écrit : “Oh Jésus, accepte-moi avec le Saint Sacrifice de ton Corps et de ton Sang. Accepte-le pour la sainte Eglise, pour ma Congrégation et pour ma Patrie”. Cette inscription est devenue prophétique. Durant la première occupation soviétique de la Galicie, il a été arrêté pour ses sermons courageux critiquant le régime athée, et après la retraite de l'Armée rouge en juin 1941, des témoins l'ont vu crucifié comme le Christ, sur le mur d'un couloir de la prison “Bryhidky” à Lviv.

Dans des circonstances particulièrement dures, la génération de nos devanciers a offert l'exemple de ce qu'est un amour de sacrifice et d'espoir, et nous appelle ainsi aujourd'hui à les imiter. Un bon exemple nous est donné par le martyr béatifié Klymentij Cheptyts'kyi, le supérieur des moines studites, frère du métropolite André. Durant la seconde guerre mondiale, il a organisé le sauvetage de juifs persécutés. Arrêté par le pouvoir soviétique, il a été condamné à huit ans de prison. Dans la prison à régime sévère de Vladimir en Russie, il rayonnait d'amour envers les prisonniers comme l'a raconté un ancien codétenu : “De haute taille, 1 mètre 85, maigre, à la barbe longue et blanche, un peu courbé, il se tenait à l'aide d'un bâton. Les gestes lents, calme, le visage et les yeux amicaux. Il me rappelait Saint Nicolas... Nous n'attendions pas un tel “criminel” dans notre cellule....”.

L'amour pour les proches que le Christ nous a demandé de suivre comme un des plus grands commandements de Dieu (Matthieu 23, 39) prenait parfois une dimension plus étroite - celle de la famille. Le père béatifié Mykola Tsehels'kyi, pour avoir refusé de désavouer son Eglise, a été déporté en Mordovie. Sa femme, ses trois enfants et sa belle-fille ont été déportés dans la région Tchytyns'k (Sibérie). Il souffrait énormément physiquement à cause d'une maladie et encore plus mentalement à cause de la séparation avec ses proches. Malgré tout, cela n'a pas brisé son esprit. Dans une de ses lettres, il écrivait à son épouse: “Ma douce amie, à l'Assomption, c'était le vingt-cinquième anniversaire de notre mariage. C'est agréable de me souvenir de notre vie familiale. Je suis avec toi et nos enfants dans mes rêves de façon quotidienne, alors je suis heureux... J'embrasse comme leur père le petit front de nos enfants et je vous supplie de vivre honnêtement, dans la droiture et de se tenir à distance de toute méchanceté. C'est pour cela que je prie le plus”.

Aimer son prochain ce n'est pas seulement aimer celui que l'on aime bien, son proche ou sa famille. L'évangile nous apprend aussi à aimer nos ennemis. Durant la seconde guerre mondiale, le saint martyr Emelian Kovtch accomplissait courageusement ses devoirs de prêtre, prêchant l'amour envers les gens de toutes nationalités et sauvant les juifs de la mort. En décembre 1942 il fut arrêté par la Gestapo. Il a montré un courage héroïque dans les camps de concentration, encourageant les prisonniers condamnés à la mort. En même temps il demandait à ses proches : “Je comprends que vous vous occupez de ma libération. Mais je vous prie de ne rien faire. Hier on a tué 50 personnes. Si je ne suis pas là, qui les aidera à supporter ces souffrances?... Je remercie Dieu pour Sa bonté envers moi. A part le ciel, c'est le seul endroit où j'aimerais rester. Ici nous tous sommes égaux: Polonais, juifs, Ukrainiens, Russes, Lettons et Estoniens. Parmi toutes les personnes présentes, je suis le seul prêtre. Je n'imagine même pas ce qui se passerait ici sans moi. Ici je vois Dieu qui est le même pour tous, malgré toutes les différences dans les religions qui existent. Peut-être nos Eglises sont-elles différentes, mais dans toutes règne le même grand Dieu Tout-puissant. Quand je dis la messe, tous prient... Ne vous inquiétez pas et ne perdez pas la foi en mon avenir. Au contraire, soyez joyeux avec moi... Priez pour ceux qui ont construit ce camp de concentration et ce système. Ce sont des gens qui vivent dans la solitude et ont besoin de prières... Que Dieu leur accorde sa grâce”.

Dans l'obscurité du régime communiste, nos martyrs, par leurs engagements plus que par des paroles, témoignèrent de l'amour du Christ envers les hommes. Un amour qui n'exclut personne, pas même les tyrans et les ennemis. Le père Roman Bahtalovs'kyi disait à ses frères dans la prison qu'il fallait aimer même ceux qui nous persécutaient puisqu'ils nous aidaient à retrouver le Règne de Dieu. L'histoire du bourreau qui torturait monseigneur Tcharnets'kyi est aussi très connue: quand Tcharnets'kyi s'est adressé à lui avec une voix pleine d'amour : “Fils, combien de temps vas-tu torturer les enfants de Dieu?”. Le bourreau ne put supporter son regard et finit par demander le baptême.

Un des prisonniers se souvient du monseigneur Velytchkovs'kyi: “Il priait pour nous, emprisonnés, ils priait pour ceux qui nous surveillaient et qui torturaient les prisonniers. Il semblait que le père Velytchkovs'kyi essayait de nous donner le ciel. C'est incroyable, mais c'est vrai. C'est le fait qui s'est gravé dans mon cœur pour toujours et qui brillait dans l'obscurité de l'absurde de la haine mutuelle des camps du régime de Staline ».

 

« Il n'y a pas de peur en l'amour, au contraire, l'amour parfait fait disparaître la peur car celui qui a peur n'est pas parfait dans l'amour » (1 Jn 4, 18). Dans la lumière de ces paroles de l'apôtre Jean, la qualité du courage est la seconde face de l'amour dans le monde chrétien. Le courage c'est aussi la manifestation de la foi dans la toute présence de Dieu et à l'action de Dieu même à travers les expériences et les épreuves les plus difficiles. On peut dire alors que le courage montre la profondeur de la foi d'une personne concrète. La foi basée sur l'amour est la garantie de notre salut et de notre vie éternelle. Car «nous attendons avec foi l'espérance de la justification » car rien n'a de plus grande importance en Jésus que « la foi basée sur l'amour » (Gal 5.5).

 

 

 






Coordonnées
17 vul. Ilariona Svientsitskoho
79011 Lviv, Ukraine

Tel  (38 032) 240-99-40, (38 0322) 76-82-73
Fax  (38 032) 240-99-50
Mél: info@ucu.edu.ua
Internet
: www.ucu.edu.ua