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Commentaire de l'icône " Pâques de la Sagesse "

par Ivanka Dymyd

Pâques de la Sagesse

A la base de la composition de l'icône se trouvent les thèmes suivants :

  • « Festin des enfants de la Sagesse », une des possibilités de présenter la Sainte Sophie, Sagesse de Dieu. D'habitude, à côté d'un Ange assis au visage vermillon se trouvent ceux qui participent au repas : le collecteur d'impôts, la pécheresse repentie, le brigand raisonnable, la veuve ayant donné sa dernière obole, la cananéenne ayant un jour dit à Jésus que « même les chiens se nourissent des miettes du pain tombées de la table des enfants », l'aveugle ayant recouvré la vue, Lazare.
  • La couleur blanche du fond aux fleurs de paradis est typique des icônes de « Notre Dame-Consolatrice de Tous les Affligés », où est présentée la Mère de Dieu au paradis avec les Patriarches qui portent les justes dans leurs entrailles.
  • La figure du Yury Skobtsof, penchée en signe de vénération, rappelle, du point de vue de la composition, le thème de la Sainte Cène où le plus jeune des apôtres rassemblés, Jean, est penché sur la poitrine du Maître.

Les figures assises autour de la table forment un cercle fermé des gens assemblés par la Sagesse de Dieu. Elle est habillée d'habits de roi blanc dorés, avec une couronne sur la tête, un sceptre à la main, symbole du pouvoir. Les rubans blancs derrière les oreilles sont le symbole de la pureté des pensées et de la libre volonté de réaliser ce qui a été projeté. De sa main droite l'Ange bénit le calice avec l'Agneau sacrifié qui endosse les péchés du monde entier ».

« Le martyr est un calice dont les bords sont le ciel. »

(p. M. Dymyd, conférence « Ecclésiologie du martyre »
pour le colloque « Sang des martyrs, semence d'Eglise)

« La Sagesse de Dieu a créé toute chose avec son éternelle destination intérieure. La connaissance de l'idée des choses appartient à ceux qui, ayant renonçé à eux-mêmes ont suivi le Christ, la Sagesse; ceux-là vivent involontairement dans le monde de l'économie éternelle, et tout autour d'eux s'organise agréablement. Le Christ est accessible à tout le monde... Et c'est peut-être le garant du Royaume qui sera ressuscité sous son apparence glorifiée. »

(p. D. Klepinin, Extraits de son journal, Christianos, Riga, 1999, p. 59)

Ce repas n'est rien autre que l'agapè, repas de l'amour, le sacrement pascal (la mère Marie est décédée le jour de Pâques), Liturgie qui a commencé sur la terre et qui continue dans l'éternité. L'aspect liturgique rappelle la présence sur la table de cinq prosphores (c'est juste le nombre de prosphores que prennent les chrétiens orientaux pour la célébration de la Liturgie).

L'autel (la table) est le symbole de l'Eglise. Les martyrs s'identifient au Christ dans le Sacrement Pascal de l'Eucharistie.

« Vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne » (I Epitre aux Corinthiens). La mort de l'homme est pour lui l'avènement du Seigneur. Aussi l'Eucharistie a-t-elle la même signification ».

(p. D. Klepinin, ibidem, p. 62)

Le dialogue des gens avec l'Ange est rempli de joie, on sent une liaison mystique entre eux.

« D'où vient ce sentiment frappant d'amitié ? La sensation désintéressée de la valeur de l'un pour l'autre. N'est-ce pas de notre unité essentielle que vient cette unité élémentaire en Adam, comme un fondement, et, ce qui est encore plus étonnant, de la sensation de l'unité sur la base de la foi. Là, c'est l'unité suprême en Christ comme l'unité des membres de Son Corps, Eglise »

(p. D. Klepinin, ibidem, p. 62)

Parmi les cinq personnes assises à table se distinguent les figures du père Klepinin et de la mère Marie. C'est d'eux que parlent les sujets de la broderie « La vie du roi David » faite par la mère Marie et dont est couverte la table.

« La victoire de David sur Goliath » fait écho à la victoire du martyr Dimitri qui a défié la machine gigantesque des répressions inhumaines, des supplices et de l'impiété. Pareil au David biblique qui n'était armé que d'une fronde, le père Dimitri avait comme unique arme une croix et il est allé jusqu'au bout dans son sacrifice et sa lutte contre le mal. « L'essentiel c'est d'être fidèle jusqu'au bout, c'est d'être honnête envers soi-même. Entaille du glaive jusqu'à l'endroit d'où prennent naissance le bien et le mal. Et ainsi dans la moindre des petites actions », - écrivait-il dans son cahier en 1932. De sa main droite le père montre la croix, c'est le mouvement avec lequel il interrogeait les nazis : « Et ce juif-là, le connaissez-vous ? ». La main gauche, serrée contre le cœur, parle de l'amour qui en émane et du sacrifice entier . Son regard est tourné vers celui qui regarde l'icône.

La mère Marie, assise en face du père Dimitri, est dans un état de profonde sérénité contraire à ce mouvement permanent des préoccupations envers son prochain dans lequel elle se trouvait durant toute sa vie de travail. Son visage sourit, les mains reposent tranquillement sur la table, les yeux sont remplis de bonté et d'une légère ironie semblant dire : « Ah, si l'on croyait tout ce que disent les gens »... (du rêve-souvenir du poète Georges Raievsky)

La mère Marie tient à la main une gerbe d'épis, image préférée de ses poésies et poèmes qui a un sens eschatologique.

« Les semailles de l'éternité sont mûres aujourd'hui
et il n'y a pas d'obstacles pour la faucille de Dieu
Tombe par terre, moisson des temps,
Ressuscite de nouveau en moisson immortelle,
Assouvie du sang humain versé »
« Où trier le blé des ivraies ? »

(« Fête du Saint Esprit »)

La scène de la broderie « Le roi David danse devant l'Arche d'Alliance » correspond à la « danse de la vie » menée par la mère Marie et formé par tout le monde qui a choisi le chemin du service aux autres.

L'arche de l'icône (l'encadrement) montre cette danse de la vie : amour, solitude, mort de l'enfant, construction, vocation au monachisme, fait de porter la croix de l'autre, don de la nourriture aux affamés, confession, joie, arrestation, amitié, répression, mort – c'est le cercle de la vie. Et à l'intérieur – la sérénité, l'absence du mouvement, la paix intérieure, la contemplation de Dieu.

« ... Lorsque tout s'est accompli, que le calice de la solitude humaine est bu, qu'arrive le jour de la Résurrection et de la Pentecôte, commence la réunion autour du Sauveur. Une réunification triomphante. Une contemplation joyeuse du Corps du Christ. Une croissance de l'arbre ecclésiale de la semence qui a dû mourir. – « si le grain de blé meurt, il porte beaucoup de fruits » (Jn 12, 24).

Quel est le chemin d'un Chrétien : la joie ou la souffrance ?

La souffrance car c'est la chair qui meurt avec le Christ, mais cela est dominé par la joie, car il co-ressuscite avec le Christ et participe au processus le plus lumineux du monde – la contemplation du Corps du Christ – la contemplation c'est la vie qui s'ouvre de plus en plus et qui mène vers une lumière extraordianire lorsque Dieu sera tout en tous »

(30/01/1930. De l'Eglise, p. D. Klepinin)

PRIERE

 

Notre Dieu, accepte la prière de Tes enfants.

Viens, bénis de façon invisible et donne à Tes enfants de longs jours, la santé et la joie, l'amour l'un envers l'autre.

Remplis nos maisons de Ton silence et de Ta joie, Seigneur.

Donne-nous, Seigneur, un amour parfait, exempt de peur.

Abrite-nous à l'ombre de Tes ailes, Dieu, et protège-nous de tout mal, par Ta grâce et Ta miséricorde, car Tu es béni pour les siècles des siècles. Amen.

Comme une fleur des champs défleurit, Seigneur, notre vie est sur cette terre. Donne-nous, Seigneur, de vivre pour Toi et de mourir pour Toi. Fais de notre chair mortelle une semence de la chair immortelle qui par Ta grâce se lèvera du tombeau, comme une fleur de la terre dans Ton printemps éternel. Amen.

(Le dimanche, 11 février 1929) p. D. Klepinin






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