Père
Mychajlo Dymyd
directeur de l'Institut du droit canon (UCU)
Clément d'Alexandrie écrit : « Le Christ a été crucifié non
pour la satisfaction de l'Eglise mais pour son dynamisme à suivre la
voie du martyr ; le Christ et l'Eglise sont unis dans le temps, l'Esprit
et le Verbe de Dieu pour un service fidèle et le sacrifice de soi ».
Ces paroles sont devenues la sentence de la première période
du christianisme lorsque plusieurs chrétiens sont morts en martyr pour
le Christ. Le martyre n'est pas un phénomène fortuit ou isolé dans
l'Eglise mais constitue son élément de quintessence. Il est nécessaire
pour l'épanouissement du Royaume de Dieu sur la terre parmi les fidèles
mais aussi parmi les adversaires et ceux qui lui sont apathiques. Puisque le
martyre est brutal par nature il laisse des plaies plus profondes plutôt
chez le persécuteur et les témoins que chez le persécuté qui,
demeurant uni au Corps de Jésus-Christ, sacrifie sa vie avec foi. Les émotions
dramatiques des persécuteurs exigent de leur nature humaine des réponses
aux questions essentielles sur l'être qui, dans l'avenir, deviendront
semence pour le développement de l'Eglise. Les martyrs ne mouraient
pas avec indifférence comme des gens fatigués de leur vie ou
comme des suicidés déprimés. Au contraire, ils respectaient
la mort la considérant comme le point culminant de la vie, du combat
antagoniste contre le mal, cause de la mort. On appelle les martyrs « les
athlètes du Christ » choisis pour leur victoire sur le péché.
Celui qui réfléchit à la décision vitale du martyr
de donner sa vie pour le Christ, tôt ou tard, verra en la personne du
martyr l'icône du Corps du Christ. Le martyre est la glorification des
saintes plaies du Christ crucifié offert en sacrifice pour les autres.
Un tel sacrifice ne peut pas être offert de manière personnelle
privée ou isolée mais il est offert avec amour et grandeur d'âme
et il est ainsi intégré dans le Corps du Christ-Eglise. Car ce
n'est pas en tant que personne privée mais en tant qu'homme ecclésial
vivant que le martyr s'élève jusqu'à la personnification
du Christ et peut dire avec lui: “Qui on donne et Qui est donné, Qui
accepte et Qui on disperse”. Dans ce cas, le martyr s'apparente pleinement
au Christ et devient l'Agneau, prenant part à Son Ministère dans
le but du renforcement et l'épanouissement de l'Eglise.
Une vie religieuse ne peut pas être imaginée sans union au Christ.
Cette union commence par le sacrement du Baptême qui symbolise la vie
et la mort. L'acte symbolique du baptême se réalise toute la vie
atteignant dans l'acte même du martyr une mort réelle que les
Pères de l'Eglise appellent “un deuxième Baptême”. Le Baptême
n'est que le début de l'union au Christ ; la dernière étape
est celle du “baptême par le feu de l'Esprit à la fin des âges”.
Origène parle du “baptême par le martyre”, Tertulien – d'un « deuxième
baptême », Justinien écrit que le martyre est un Baptême
qui efface tous les péchés.
Le martyre étant un élément de la conscience vivante
de l'Eglise, il fait partie de l'essence de l'Eglise. C'est pourquoi, dit T.
Spidlik, il doit toujours exister même si ce n'est pas sous la forme
du versement du sang. Voilà ce que pense St-Ambroise à propos
du martyre :
“Nombreuses sont les persécutions c'est pourquoi on trouve plusieurs
types de martyre. Tu dois être témoin du Christ chaque jour. Si
l'esprit du péché te tente et toi, craignant le futur jugement
du Christ, tu gardes la pureté de l'âme et du corps, tu es martyr
du Christ. Si tu es tenté par l'amour de l'argent, [ ... ] l'orgueil
[...], seul Dieu sait combien de gens subissent chaque jour un martyre dissimulé et
confessent dans leur cœur notre Seigneur Jésus-Christ ! [...] Aussi,
demeure fidèle et fort lors de tes persécutions intérieures
pour que tu puisses demeurer tel en cas de persécutions publiques. Même
lors des persécutions intérieures apparaîtront les juges
avec une grande puissance. Tu vois l'exemple de la tentation à laquelle
le Seigneur lui-même a été soumis. »
La vie monastique est appelée aussi « un autre martyre »,
et l'obéissance monacale est « un second Baptême ».
Le moine est « le guerrier du Christ » muni de l'arme
du Christ pour la lutte contre le mal, le symbole de l'Eglise-pèlerine.
La vie monacale « révèle de façon particulière
la supériorité du Royaume de Dieu sur tout ce qui est de terrestre
mais aussi ses plus hautes exigences ; elle montre aussi à tous
les gens la grandeur inégalée de la puissance du Christ et l'effort
infini du Saint Esprit qui agit de façon formidable dans l'Eglise ».
Parlant des moines St-Théodore les appelle « vrais élèves
de l'Evangile ». « La vie monacale, - dit-il, est une
victoire sur les passions, une maîtrise des pensées et une lutte
permanente contre des ennemis invisibles, pour garder, de cette manière,
une âme exempte de tout ce qui la salit ». Il la qualifie « d'école
de l'évangile », « de négoce sublime dans
le domaine de l'esprit », « d'ensemencement »,
où nous devons semer la graine de dévotion pour attendre la bonne
récolte.
L'école de l'Evangile, « le négoce » spirituel
ou l'ensemencement dans la compréhension du Christ ne s'appliquent pas
seulement à un homme isolé, mais il est également un appel à l'effort
commun des gens unis entre eux d'une manière organique en Corps mystérieux
de l'Eglise, unis en familles, en communautés qui, pareils aux pèlerins,
suivent le chemin vers la Jérusalem Céleste.
Ceux qui vivent dans le Mariage participent aussi au martyre. Durant le sacrement
du Mariage l'Eglise chante le tropaire des martyrs. Cela signifie très
clairement que la vie commune du couple et des enfants comporte un certain
renoncement à ses propres envies, ce qui équivaut – selon l'évêque
Kallistos Ware – à l'effusion du sang.
L'autel où l'on offre les sacrifices « […] pour les péchés
et les ignorances humaines » est le lieu autour duquel est réunie
toute l'Eglise. L'autel qui symbolise l'univers nous rappelle que le Christ
s'offre en sacrifice « pour tous et pour tout ». Aussi,
le sacrifice d'un martyr pour le Christ est aussi le sacrifice « pour
tous et pour tout ». Les premiers chrétiens se réunissaient
sur les tombeaux des martyrs pour la célébration de l'eucharistie.
Les premières fêtes qui sont apparues dans l'Eglise étaient
celles des martyrs et en leur mémoire, les chrétiens glorifiaient
le Christ. On met les reliques des martyrs dans les autels et les antimensions
. Sur l'autel, lors de la célébration de l'Eucharistie, le prêtre
déploie l'antimension sur lequel il sacrifiera.
Le sacrifice du martyr en Christ s'élève comme un pilier et
comme un calice dont les bords sont le ciel. Le sacrifice eucharistique, le
sacrifice du martyr, pareil au Corps du Christ, sont vêt us d'un habit
blanc, marque “de future gloire des saints” que “le Christ unit à Lui,
prend chez Lui et éclaire par Son éclat”. Le Christ est le cep
de la vigne . L'Eglise comme Corps d u Christ l'est aussi. Le Christ avec les
martyrs sont des serviteurs libres dans le vignoble du Père. L'édification
du Royaume de Dieu sur la terre, qui ne peut se produire que dans une situation
pratique par l'act ion du Saint - Esprit, est une action dynamique d'accomplissement
de la volonté du Père, c'est aussi les paumes ouvertes comme
sur le crucifiement où l'on sent la confi a nce dans la victoire du
Royaume de Dieu et où est présente l' invitation à y participer.
Les paroles de l'Evangile : “Je suis le cep ; vous êtes les sarements.
Qui demeure en moi comme moi en lui, porte beaucoup de fruits” (Jn 15 : 5)
ne concernent pas seulement les martyrs mais sont aussi un encouragement pour
tous ceux qui appartiennent à ce même corps qui est l'Eglise ;
pour les générations à venir.
Et comme l'Eglise des martyrs est l'Eglise d u Christ, où les frontières
de juridiction n'existent pas, les martyrs, donc, forment l'Eglise non seulement
comme une structure institutionnelle sur la terre mais aussi l'Eglise une,
dans le sens divin du mot. Les martyrs, fondateurs de l'Eglise, ne sont pas
seulement les représentants des différentes Eglises mais aussi
les représentants des différentes parties const i tuantes du
peuple de Dieu comme une moniale qui prie en silence; un étranger qui
a de tout coeur accepté l'idée d'unité des Eglises; un
prêtre, archimandrite, moine modeste; un homme qui étant très
riche a choisi la pauvreté et la simplicité; un professeur, missionnaire,
bon pasteur, prisonnier inflexible; un évêque, maître de
la jeunesse, fondateur de communautés de moines; un diacre laïc,
serviteur de tous; un recteur de paroisse exemplaire.
Les martyrs e mbelliss ent la sainte Eglise et instruisent tous les fidèles.
Ils sont nombreux, ils sont devenus l'il lustration vivante des paroles du
Christ : “Il n'est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis” (Jn
15 : 13). Ils sont les piliers de l'Eglise et aident comme “pierres vivantes à l'édification
d'un édifice spirituel, pour un sacerdoce saint, en vue d'offrir des
sacrifices spirituels agréables à Dieu par Jésus-Christ.” (Pierre
2 : 5).
Les persécutions des chrétiens durent depuis les origines de
l'Eglise. Presque tous les apôtres sont morts en martyr après
la mort sur la croix de leur Maître. Dans différents endroits
du globe terrestre les répressions durent jusqu'à nos jours.
Nous sommes les enfants des martyrs et les souffrances de nos pères étaient
parfois beaucoup plus terribles que les nôtres. Les paroles suivantes
sont adressées à ces martyrs : “Heureux êtes vous si les
hommes vous haïssent, s'ils vous frappent d'exclusion et s'ils insultent
et proscrivent votre nom comme infâme à cause du Fils de l'homme.
Réjouissez-vous ce jour-là et exultez car alors votre récompense
sera grande dans le ciel.” (Luc 6:22-23).