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La fécondité des Eglises martyres et souffrantes d'Afrique

Christine du Coudray
Responsable département Afrique
Aide à l'Eglise en Détresse

Paris le 24 avril et Lviv le 7 mai 2004

Rwanda ce 21 avril 1994

Le génocide des Tutsis a commencé quinze jours plus tôt.

Félicité Niyitegeka , rwandaise d'une soixantaine d'années, est Auxiliaire de l'Apostolat à Gisenyi. Elle et ses consoeurs ont accueilli des réfugiés tutsi à la maison. La sachant en danger, son frère, colonel de l'armée à Ruhengeri, lui demanda par téléphone de partir et d'échapper ainsi à une mort certaine. Voici la lettre que reçoit son frère le 12 avril 1994 : «  Frère chéri, merci de vouloir m'aider. Mais au lieu de sauver ma vie en abandonnant ceux dont j'ai la charge, les 43 personnes, je choisis de mourir avec elles.

Prie pour nous, que nous arrivions chez Dieu, et dis au revoir à la vieille maman et au frère. Arrivée chez Dieu, je prierai pour toi. Porte toi bien. Merci beaucoup de penser à moi. Ta sœur Félicité Niyitegeka

Et si Dieu nous sauve, comme nous l'espérons, nous nous reverrons demain ».

Les jours suivants, elle a continué à sauver des dizaines de personnes en leur faisant passer la frontière du Zaïre. C'est le 21 avril que les milices sont venues les chercher pour les conduire en camion au cimetière. A ce moment, Félicité dit à ses sœurs : «  c'est le moment du témoignange, venez….  » Et elles sont montées dans le camion en chantant et en priant.

Arrivées au cimetière où les fosses communes étaient déjà creusées, les tueurs, craignant le colonel, ont voulu la sauver. Un d'eux lui a dit : « toi, tu n'as pas peur de mourir, tu vas voir que c'est sérieux ! Tu seras tuée la dernière ». Félicité fut donc la 31°…Avec elle, six autres Auxiliaires de l'Apostolat ont été tuées.

Son frère est arrivé alors qu'on les avait déjà jetées, déshabillées dans les fosses communes…Il a fait ouvrir la fosse. On a cherché des vêtements, puis il a enterré sa sœur. Il a prononcé ces paroles : «  tu as choisi de mourir. Prie pour nous maintenant… »

Le christianisme en Afrique n'est pas un événement récent, et ce n'est pas non plus une retombée du colonialisme comme on pourrait le penser. Ses racines remontent au temps des apôtres.

Sur les rivages Nord du continent, l'Eglise fut florissante six cents ans durant avant que naisse l'Islam. L'Egypte et le nord de l'Afrique, avec des théologiens tels que Athanase et Augustin, furent les piliers de l'Eglise universelle.

C'est l'occupation arabe à partir de 640 qui donna un coup d'arrêt à l'expansion du christianisme, seule une minorité survécut en Egypte, opprimée mais toujours bien vivante jusqu'à nos jours.

Durant les siècles qui suivirent, la présence chrétienne en Afrique s'est répandue en goutte à goutte à travers le désert, mais la Providence ne permit jamais qu'elle s'assèche, aujourd'hui c'est un grand fleuve qui arrose le continent entier.

Quand Carthage tomba aux mains des Arabes en 697, cette même année le roi Mercurios établit un royaume chrétien d'Assouan au Nil Bleu (nous sommes là au Soudan) . Quand ce dernier succomba sous les coups des Turcs en 1270, l'on assista à la renaissance de l'ancienne Eglise d'Ethiopie, vieille de 900 ans !

C'est la guerre sainte ou jihad islamique qui eut raison d'elle en 1527.

A cette date pourtant, il y eut un autre monarque pour porter la torche de la foi: Afonso, roi du Congo, premier souverain au sud du Saraha, qui durant 20 ans travailla inlassablement à établir un royaume chrétien. Selon Paul VI le Zaire est le fils aîné de l'Eglise Africaine. Avec son fils, l'évêque Henrique, le roi Afonso esquissa un programme d'évangélisation jusqu'aux limites de son royaume.

Durant plus de trois siècles, ses successeurs eurent à coeur de maintenir les liens avec Rome: en un siècle et demi, ils firent venir 400 capucins dans le pays.

La période pré-coloniale, de 1800 à 1880 environ, fut vraiment l'âge héroique des missions modernes. Témoins ces cent missionnaires autrichiens qui de 1852 à 1862 ont remonté le Nil jusqu'au Sud Soudan. Tous succombèrent de la fièvre jaune à l'exception de Daniele Comboni, évangélisateur du Soudan et canonisé en octobre dernier. Puis il y eut les Pères Blancs qui tentèrent maintes fois de traverser le Sahara dans l'espoir d'atteindre Tombouctou, cité mystérieuse du pays des Noirs, mais qui furent en chemin massacrés par leurs guides.

La fondation de la plupart des églises africaines date cependant de la période coloniale, entre 1880 et 1960. Toutes les congrégations missionnaires envoyèrent des volontaires qui partaient pour ne plus revenir, ils le savaient et l'acceptaient.

Ils ont bravé tous les dangers de la faim, des maladies, de l'isolement, de la langue, des traditions, des rivalités, de l'incompréhension...Plus fort que toutes ces contingences humaines qui nous paraissent aujourd'hui encore insurmontables, l'ardente conviction et l'urgente nécessité d'annoncer la Bonne Nouvelle.

C'est à cette époque que Charles Lwanga et ses compagnons, les martyrs de l'Ouganda, meurent pour le Christ, brûlés vifs. Ces témoins sont pour l'Eglise d'Afrique ce qu'ont été les premiers martyrs de Rome pour notre Eglise d'Occident. Par leur foi héroïque, ils ont entraîné à la suite du Christ une foule de nouveaux chrétiens. Cette offrande d'amour, cet exemple de courage ont fait jaillir la foi au milieu de leur peuple et l'on pense à ces deux jeunes catéchistes de 14 et 16 ans, Daudi et Jildo, transpercés d'une lance en haine de la foi au nord de l'Ouganda en octobre 1918. Un siècle plus tard et ce depuis 17 ans, cette même région de Kitgum est ensanglantée par l'Armée de Résistance du Seigneur qui perpétue un véritable génocide oublié des media, avec 100.000 morts, plus d'un million de déplacés et 25.000 enfants enlevés, réduits en esclavage ou enrôlés de force. A Juba, en mars dernier, au sud du Soudan, j'ai vu un jeune garçon caché dans un presbytère, espérant échapper à la folie meurtrière de ce Joseph Kony soutenu par le gouvernement de Khartoum.

Selon les statistiques, en 1900, le christianisme était devenu la religion majoritaire dans la plupart des pays au sud du Sahara.

Ces prêtres, ces religieuses, ces laics qui ont donné leur vie, est-ce qu'il vaut la peine de parler d'eux ? Est-ce que leur fin pourrait contribuer à changer les choses ? Oui sans aucun doute: n'oublions pas les noms de ceux que la violence aveugle, la haine ethnique, la soif de pouvoir, l'esprit de vengeance ont éliminés dans l'espoir d'étouffer aussi le message lié à leur sacrifice. D'ailleurs leur mort n'est que la pointe de l'iceberg d'une masse de gens pourchassés, refusés, humiliés, massacrés.

A dessein nous ne parlerons pas, à une exception près, des très nombreux missionnaires qui ont offert leur vie durant le dernier siècle mais de ceux qui sont le fruit de leur don sans retour. En 2003, sur les vingt neuf catholiques assassinés dans le monde, dix sept ont trouvé la mort en Afrique.

Nous avons choisi d'offrir ces quelques témoignages qui ne nous feront pas oublier que 220 religieuses et 235 prêtres ont été tués durant les cinquante dernières années en Afrique.

L'abbé Adriano Kasala

En 1985 en Angola, la guerre civile avec son lot de victimes, d'embuscades et de mines n'empêche pas le Père Ligthart, un spiritain, de visiter trois paroisses demeurées sans prêtre dans l'archidiocèse de Huambo, au cœur du pays et des combats les plus violents.

Accompagné de l'abbé Adriano et pour vaincre la peur, le Père Ligthart avait fixé un programme de visites aux paroisses. Cela rassurait les fidèles et les catéchistes et ces derniers préparaient les chrétiens aux sacrements, sûrs qu'ils viendraient. Cela donnait aussi du courage au Père : il savait qu'on l'attendait. Sur le tableau de bord de sa voiture, le Père avait affiché ce proverbe hollandais : « le bâteau qui reste dans le port est sauf. Mais est-il construit pour rester toujours dans le port ? » L'abbé Adriano, ordonné en 1982 pour l'archidiocèse de Huambo, était fasciné par le courage et la simplicité de la foi du Père Ligthart. Le danger commun les unissait et lentement mais sûrement l'abbé Adriano commença à marcher suivant les pas du Père Ligthart. Il finit par le considérer comme son frère aîné. Une amitié sacerdotale se noua, libre, motivée uniquement par le service missionnaire de l'eucharistie, des sacrements et de la communion qui venaient fortifier les chrétiens des différentes communautés. Malgré tous les risques, l'abbé Adriano avait accepté de desservir une autre paroisse, là-même où un frère avait été enlevé.

Le mardi 24 janvier 1987, le Père Ligthart se rend à Chinguar avec un catéchiste : but du voyage, des leçons de catéchèse. D'autres demandèrent de les prendre dans la voiture mais le père refusa en disant qu'il ne voulait pas courir le risque de « voir tués dans une même embuscade tous les chefs-catéchistes de la paroisse. » L'abbé Adriano le suit dans une autre voiture. Depuis quelque temps ils avaient décidé de se déplacer avec deux voitures, pour s'entraider dans le cas d'embuscades ou de mines. Rarement l'abbé emmenait quelqu'un dans sa voiture pour ne pas avoir sur la conscience la mort de quelqu'un, disait-il.

Après quelques kilomètres, la route est barrée par des hommes armés, en uniforme militaire. Tandis que le catéchiste réussit à sauter de la voiture et à prendre la fuite, le père Ligthart tombe, criblé de balles. L'abbé Adriano qui arrive quelques minutes plus tard sort de la voiture pour parler avec les soldats, il tombe au milieu de la route.

Les deux frères dans le sacerdoce se retrouvent unis, au même moment, dans le don de leur vie au service de ceux qui leur étaient confiés.

Mgr Christophe Munzihirwa (29 octobre 1996)

Le Père Christophe, jésuite, renommé pour sa très grande simplicité, devient archevêque de Bukavu en mars 1994, alors que toute la région va s'embraser dans une folie meurtrière où le mensonge aujourd'hui encore prédomine. L'afflux sans précédent de réfugiés rwandais (1.500.000) dans la région du Kivu à partir du mois de mai, leurs conditions de vie inhumaine, les violences, la démission de la communauté internationale, poussèrent Mgr Munzihirwa à se faire le défenseur des multitudes de sans voix. Malgré sa santé fragile, il se révéla infatigable dans la dénonciation des violences multiples qui secouaient la région des Grands Lacs, s'adressant à la communauté chrétienne de Bukavu, aux autorités civiles et militaires, nationales et internationales, aux gens de bonne volonté. Je puis témoigner personnellement qu'il a mené ce combat tout seul et que même ses confrères évêques n'ont découvert qu'après sa mort l'ampleur du combat qu'il a mené au service de la vêrité.

«  Nous demandons aux gouvernements de Kigali et de Bujumbura de régler leurs problèmes internes chez eux et de ne pas les exporter chez nous au Zaïre. Nous demandons spécialement aux Tutsis du Rwanda, que nous avons maintes fois accueillis comme réfugiés, de ne pas cracher dans le puits où ils ont bu. Aujourd'hui ils nous récompensent avec des bombes. Qu'ils se rappellent que l'histoire tourne. Bien chers frères, défendons-nous avec courage contre les pillards mais toujours souvenons-nous que nous sommes chrétiens, et qu'à chaque moment de notre histoire, nous sommes chrétiens. Conservons notre dignité de chrétiens. N'encourageons jamais toute discrimination tribale, raciale ou ethnique. Et celui qui touche à un être humain, parce qu'il est humain à l'image de Dieu, il touche à Dieu lui-même.  »

Ce 29 octobre 1996, alors qu'il a aidé les trappistines tutsi du monastère de la Clarté Dieu à passer la frontière vers le Rwanda, sa voiture est soudain immobilisée par des tirs en rafale. Après contact-radio, l'archevêque de Bukavu est tué d'une balle dans la nuque.

«  Je mourrai tué par les soldats  », avait-il dit plusieurs fois. Il avait confié quelques semaines avant sa mort : «  Ne sois pas étonné d'apprendre de mauvaises nouvelles, prie seulement pour que le Seigneur et la Vierge Marie nous accompagnent jusqu'au bout du chemin », paroles prononcées avec une sérénité empreinte de gravité, comme si elles faisaient partie d'un rosaire intérieur, récité mille et une fois.

L'évocation du martyre de Mgr Munzihirwa nous conduit à évoquer celui de Mgr Emmanuel Kataliko , son successeur, qui meurt le 4 octobre 2000, épuisé par un long combat pour la paix, la justice et la dignité. Les deux hommes sont intimement unis à bien des égards : par la même situation, le même esprit, le même idéal, le même combat humain et spirituel et jusque dans le lieu même de leur sépulture, choisi délibérément par Mgr Kataliko. Le 24 février 2000 en effet, il écrivait :  «  On est prudent, si je meurs, mettez-moi auprès de Mgr Munzihirwa  ! »

Homme de foi et de courage, réaliste et pragmatique, un pasteur en quête d'unité. Même le département d'Etat des Etats Unis avait reconnu en lui un acteur incontournable pour la réconciliation et la paix dans les conflits de la région des Grands Lacs : « En tant que chef religieux et membre de la société civile, Mgr Kataliko peut servir de catalyseur dans la réconciliation des populations du Kivu ».

C'est dans la plus humble discrétion que les Filles de la Résurrection , fondées par le Père Werenfried van Straaten en 1996 rendent compte de cette puissance d'amour qu'elles ont reçue et veulent transmettre. Nous sommes toujours dans cette région saignée par la haine, et le danger est si grand pour la communauté de Busasamana, au Rwanda, que l'évêque leur conseille de rejoindre la ville de Nyundo pour se mettre à l'abri : «  Très cher Père Evêque, nous vous remercions de votre souci paternel. Jusqu'à présent nous sommes unies entre nous et avec la population. Nous avons peur, mais nous ne nous sentons pas encore en danger. Il n'y a aucun prêtre à la paroisse ; les chrétiens ne comptent que sur nous. Comme ici au Rwanda, les laïcs ne sont pas autorisés à distribuer la communion, nous ne pouvons pas laisser les chrétiens sans communion. Ainsi nous ne pouvons pas nous enfuir s'il n'y a pas de grand danger. D'ailleurs nous sommes neutres dans la population et nous ne connaissons pas la politique. »

Six des sept sœurs ont été massacrées à coups de mâchette le 8 janvier 1998. Les assassins n'ont rien volé, leur seule intention était de tuer car elles les avaient défiés en donnant l'hospitalité à la femme du catéchiste qui venait de perdre presque tous les membres de sa famille.

Avant de refermer momentanément le livre des souffrances de cette région qui a payé le plus lourd tribut en vies humaines depuis la 2° guerre mondiale, soit 3.5 millions de morts depuis 1996, dans la plus grande ignorance et, beaucoup plus grave, dans l'indifférence, rappelons que l'actuel archevêque de Bukavu a eu une attaque cérébrale le jour même de son installation en la fête de Pentecôte 2001.

Isidore Bakanja

Le 24 avril 1994, lors du synode pour l'Afrique, Isidore Bakanja, catéchiste au Congo, en ce premier pays sub-saharien qui accueillit la Bonne Nouvelle, fut béatifié. La vie et le martyre d'Isidore Bakanja né en 1880, se situent à une époque où les colons belges exploitaient les terres vacantes, soi-disant non occupées par la population locale. Ce système suscita beaucoup de controverses tant des sociétés commerciales privées que des autochtones qui se retrouvèrent spoliés de leurs terres et soumis à un esclavage différent de celui pratiqué par les arabes mais non moins inhumain que le premier.

Dans un climat de méfiance et d'hostilité, exactions, vexations et cruautés gratuites devinrent monnaie courante. Il est vrai que les Pères Blancs, les Pères de Scheut, les Jésuites et les Trappistes réalisent au long des années un travail d'évangélisation admirable et la réponse de la population est à la hauteur de leur engagement. Les colons de leur côté redoutaient l'expansion du christianisme dans leurs territoires, parce que les ouvriers convertis étaient plus instruits que les autres et limitaient de ce fait considérablement leur pouvoir moral. Bakanja connut bien vite ce climat hostile à la religion en quittant son village natal en 1905 pour Mbandaka à la recherche de travail. Il s'embauche comme maçon, s'inscrit au catécuménat chez les Trappistes, recoit baptême, confirmation puis la communion en 1907. Puis il s'engage comme domestique dans la société SAB qui exploite caoutchouc et ivoire, dans un milieu où les agents sont des athées acharnés. Le gérant ne supportait pas les marques extérieures de vie chrétienne de Bakanja tels que le scapulaire et ses prières. Il le détestait parce qu'il était très respectueux et obéissant, mais aussi parce qu'il était courageux et nullement disposé à se laisser intimider pour ses opinions religieuses.

Un soir le gérant lui intime l'ordre d'ôter le scapulaire de la Vierge qu'il porte autour du cou, ce qu'il ne fait pas. " Enlève le toi-même si tu veux, moi je n'y touche pas !" Alors le gérant crache toute sa rage et ordonne que Bakanja soit puni de 25 coups de fouet. Malgré cela, il ne pliait pas et continuait à se retirer pour prier le chapelet, méditait seul ou en compagnie de quelques ouvriers désireux d'apprendre le catéchisme. Un jour, le gérant le rencontre sur le chemin du verger. Au comble de l'exaspération devant la ténacité du jeune Isidore, il le fait fouetter avec un fouet à clous, 250 coups qui lui arrachent la peau et entament la chair. Après ce supplice, exsangue, il est encore emprisonné les chevilles serrées dans des anneaux de fer, le gérant craignant qu'il n'aille le dénoncer. Durant les mois qui suivent, son état empire: au missionnaire qui lui demande s'il acceptait de pardonner à son bourreau, le jeune martyr répond: " Père, je ne suis pas fâché. Le blanc m'a frappé, c'est son affaire. Il doit savoir ce qu'il fait. Bien sûr qu'au ciel, je prierai pour lui ."

Le 15 août 1909, Isidore Bakanja s'éteint en priant le chapelet avec les chrétiens qui l'assistaient. Il avait 29 ans. La Reine du ciel était venue chercher son fils, le jour même où l'Eglise célèbre son entrée glorieuse au ciel.

Bakanja est le symbole de la victoire du bien sur le mal, de l'amour et du pardon sur la haine. Et Isidore Bakanja ne fut pas seul à témoigner de cette lutte victorieuse.

Le Cardinal Emile Biayenda de Brazzaville

Le plus jeune cardinal africain fut assassiné le 22 mars 1977 à Brazzaville, rendu responsable en dernière instance de la mort du président Marien Ngouabi, marxiste convaincu. L'Eglise était au coeur des débats lorsque le président Massamba-Debat instaura en 1963 un gouvernement "révolutionnaire" et proclama le socialisme scientifique "doctrine officielle de l'Etat congolais". La gauche révolutionnaire remplaça le syndicat chrétien révolutionnaire, les écoles catholiques et protestantes furent nationalisées et l'enseignement de la doctrine marxiste fut rendu obligatoire. L'Eglise devint la cible d'attaques directes avec campagnes de dénigrement à la radio et dans la presse. Victime innocente de l'excès de zèle des communistes congolais, l'abbé Biayenda avait déjà enduré 44 jours de prison et de torture en mars 1965. Mais pour consolider la paix et la réconciliation, il ne porta pas plainte contre ses bourreaux. Devenu cardinal, il fera de la paix et de l'unité nationale les thèmes majeurs de son apostolat: " nous devons toujours et partout être ces hommes de bonne volonté, porteurs en eux de la paix dans les divers milieux d'apostolat où nous nous trouvons. Cette paix est indispensable pour que nous soyons à l'abri de tout esprit de parti et de division, dans l'Eglise et dans les nations."

Informé que ses ennemis voulaient sa tête, Le cardinal refusa de quitter le diocèse pour sauver sa peau par ces mots: " Etre absent de Brazzaville serait une horrible catastrophe pour l'Eglise du Congo. J'y suis et j'y reste. je préfère donner ma vie comme le Christ, pour sauver mon clergé et mon Eglise, que d'aller me cacher je ne sais où. Il faut un ou plusieurs sacrifiés pour la paix de la nation. Prions beaucoup Marie, Mère de Miséricorde, pour obtenir la paix et l'unité nationale, notre pays lui a été confié."

Il avait écrit ces paroles prophétiques :

«  Tu me pleures aujourd'hui, réjouis-toi

car en devenant prêtre, j'ai donné totalement ma vie au Christ, Mon Maître.

Il m'a conduit au milieu de vous pour que je sois à son exemple votre pasteur.

Jésus Christ est venu parmi nous non pour se faire servir, mais pour nous servir, en nous aimant jusqu'au sacrifice de la Croix.

Tu me pleures aujourd'hui, réjouis-toi

Car en Lui j'ai mis mon espérance et je n'ai jamais été déçu.

J'ai combattu le bon combat, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi

Le Sang du Christ répandu pour nous tous est le sang de la paix et de la vie.

Comme mon maître, mon sang versé est un sang de paix et de vie.

Tu me pleures aujourd'hui, réjouis-toi

Car je te demande de porter dans ta famille, dans ton quartier, les fruits de ma mort : la paix et l'amour.

Tu respectes et vénères dignement ma dépouille mortelle. Respecte avec plus de dignité encore, mon sacrifice et ma volonté.

Que par la grâce de notre Dieu, mon sacrifice sanctifie notre terre congolaise. Qu'il pacifie ton cœur blessé et qu'il unifie tous nos frères et nos sœurs du Congo. »

Le procès de béatification du Cardinal Biayenda a été ouvert en 1996.

Et que dire des martyrs vivants ? Aujourd'hui en Afrique, l'Eglise du Soudan symbolise plus que toute autre la résistance à la persécution et à l'esclavage, face à un islamisme fondamentaliste qui a choisi de faire du Soudan la tête de pont de l'Islam en Afrique. Depuis le début de son pontificat, Le Saint Père se fait inlassablement la « voix des sans voix ».La canonisation de Joséphine Bakhita en 2000, elle même jeune esclave torturée et martyrisée, celle de Daniele Comboni qui a porté l'Evangile sur cette terre et l'élévation de l'archevêque de Khartoum à la dignité cardinalice en octobre 2003 viennent l'attester. Le Cardinal Zubeir Wako de Khartoum, lorsque la situation devient par trop intolérable, l'exprime par la poésie:

Seigneur, la situation empire.

Bientôt nous serons incapables

de dire la prière que tu nous as enseignée.

Nous oublions comment pardonner.

Ainsi le tombeau que Tu as laissé vide

se remplit de...cadavres.

Viens au milieu de nous

et dis: LA PAIX SOIT AVEC VOUS

car il n'est plus que Toi

qui puisse à présent prononcer ces mots

comme il convient.

et cet e.mail du 23 mars 2004

..."Il m'a fallu retourner à l'hôpital. Le taux de sucre était devenu tout à fait irrégulier probablement à cause de tout ce qui a entouré les célébrations du centenaire à Wau. Les complications sont là et les pieds sont atteints. Je suis incapable de mener à bien ma tâche normalement, j'ai des vertiges en permanence. Le médecin m'a recommandé de me reposer au moins deux semaines avant de rentrer à Khartoum, ce qui veut dire que je serai à Khartoum le Mardi Saint au plus tôt….

J'espère et crois que le Seigneur nous donnera le courage d'avancer au large pour la prise qu'Il nous a promise.

Voyez-vous, c'est la troisième année que je célèbre le Carême alité. J'espère que le Seigneur répétera cette année le miracle de me remettre debout durant la Semaine Sainte afin que je puisse célébrer la Résurrection avec mon peuple."

 

Vienne le temps de nous mettre à l'écoute de l'Eglise d'Afrique.

Dimanche de la Miséricorde Divine (18.IV 2004)

Christine du Coudray
Responsable département Afrique
Aide à l'Eglise en Détresse






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