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Ukrainian Catholic University
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 Conférences et Séminaires 2002
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Intervention du père Michel Dymyd

démarches en vue d’une résolution de certains problèmes posés par Soloviev dans son oeuvre « La Russie et l’Eglise universelle »

 Aujourd’hui, nous nous sommes réunis ici, à Lviv, à l’Université Catholique d’Ukraine pour réfléchir sur l’oeuvre du grand philosophe russe Vladimir Soloviev « La Russie et l’Eglise universelle » le jour du cent cinquantième anniversaire de la naissance de cette éminente personnalité. Il est intéressant d’essayer de comprendre les raisons qui font que l’oeuvre profonde de Vladimir Soloviev n’ait pas entraîné le peuple de la Russie et toute l’Eglise Orientale à percevoir le rôle important de l’évêque de Rome pour la vie écclésiale tout en se fondant sur sa propre écclésiologie et son droit canonique? Pourquoi nos plus hauts représentants des Eglises orthodoxes, en accomplissant leur devoir de pasteur, soit celui de veiller à l’unité de l’Eglise Chrétienne, n’ont pas suivi le premier parmi les évêques dans la recherche de la communion? De telles questions peuvent être posées de manière abstraite aux philosophes et aux théologiens, mais aussi de manière concrète à l’évêque de Rome et aux Eglises Orientales qui sont en communion complète avec l’Autel de Rome.

 Le Métropolite de Volynie et de Gétomyr Oleksij, sacré-archimadrite de la Laure de Pochaïv, écrivait encore en 1942 au Métropolite Andrej (Cheptytsky) : 

« Je me rappelle mon entretien en 1927 avec le patriarche de Constantinople Basile III sur la convocation du Concile Oecuménique.

- “Et ce Concile, peut-il avoir lieu sans l’évêque de Rome ?”- lui ai-je demandé.

Le patriarche m’a répondu :

-“ Je vous comprends et, avant le Concile, s’il est de mon vivant, j’irai à Rome, je m’agenouillerai devant le Pape et je lui dirai : « Frère, abandonne ses hypocrisies et viens pour occuper au Concile la place qui est conservée pour toi » .” 

- “Le Pape parlerait-t-il des hypocrisies? ” - lui ai-je demandé.

 La réponse n’a pas suivi , mais il est devenu évident que l’Evêque de Rome ne serait pas à la tête du Concile Oecuménique, et que le Concile, lui, n’aurait peut-être pas lieu sur la Terre ». [1]

Pourquoi n’existe-t’il pratiquement pas de communion, telle que celle décrite par Vladimir Soloviev et qui conviendrait aux orthodoxes et aux catholiques ? La réponse des théologiens-dogmatiques ou des canonistes est là encore ici possible. Mais ce n’est peut-être pas une question de théorie, ni d’écclésiologie, ni de droit canonique, c’est à dire relevant de la tradition et des conciles, mais plutôt une question concernant la psychologie des Eglises et de leurs fidèles. Encore en 1925, le Métropolite Andrej (Cheptytsky) parlait de la « Psychologie de l’Union » dans l’un de ses discours à Bruxelles. [2]

En effet, une telle pratique ou plutôt expérience, élément très important pour la mise en place d’un état d’esprit de confiance, n’existe pratiquement pas jusqu’à ce jour (en dehors de quelques périodes phares) entre les Eglises Orthodoxes et Rome, d’où la grande nécessité d’établir cet état d’esprit entre les Eglises catholiques orientales et le Siège de Rome.

 Le Métropolite Andrej écrivait notamment en 1903 à l’évêque orthodoxe Antoniy (Khrapovytskyj) : « Nous ne fermons pas les yeux sur le fait que cette Union, quoique sainte et grande dès le début, se soit égarée de la bonne route[...] ait perdu [...] sa force, son idée ». [3] Le métropolite précisait aussi : « C’est pourquoi nous devons considérer comme à priori possible que ce qui, d’après nos convictions, cause des dégâts à l’Union, soit la meilleure façon pour réussir à s’unifier ». [4]

 Le Métropolite conseille en outre de ne pas utiliser les termes de « schismatique » ni de « conversion » au sujet de ceux qui sont nés dans une communauté religieuse n’étant pas en communion avec le Siège de Rome. Il est nécessaire, selon lui, de se concentrer plutôt sur les pourparlers entre les Eglises particulières (autonomes) afin de trouver une plate-forme commune de compréhension plutôt que de contribuer à susciter des conversions individuelles. Ces pourparlers doivent se baser sur une connaissance mutuelle profonde des Eglises entre elles, ce qui peut être possible grâce à l’ « apostolat de la science » non seulement dans des centres de recherches spécialisées, mais aussi en répandant constamment parmi le peuple une vraie et sincère information concernant nos Eglises. L’art, les icônes, la prière, les bonnes actions, le vif exemple, l’amour et la patience sont des moyens qui peuvent rapprocher les univers religieux et leurs mentalités.

Ces conseils se rapportent à toutes les Eglises, mais en premier lieu à l’Eglise Occidentale et à ses promoteurs. Il est intéressant de constater que le philosophe Soloviev ait voulu instruire les orthodoxes de Russie tandis que le Métropolite Andrej voulait faire de même avec les gréco-catholiques et les catholiques romains.

 J’oserai exprimer encore une des pensées de Métropolite Andrej ainsi : pour aboutir à la réalisation des thèses proposées par Vladimir Soloviev à l’Eglise Orthodoxe, la part active des chrétiens de l’Eglise Occidentale est nécessaire. C’est à eux de tranformer cette vision négative de l’Eglise Occidentale et de l’évêque de Rome qui existe. Il faut tout d’abord contribuer à permettre aux orthodoxes de se dégager des liens nationalistes qui restent présents dans la plupart des situations. On peut le faire en cherchant des compromis et en instaurant une considération mutuelle, ce qui pourrait permettre d’aboutir à la réalisation d’un projet pour l’instant utopique, celle de la convocation d’un Concile. Ce n’est qu’un Concile pan-orthodoxe, sous la bénédiction de l’évêque de Rome, qui, ayant une base canonique, pourrait libérer les chrétiens orthodoxes des particularismes étroits. L’aide de l’Eglise Occidentale pourrait consister dans l’instauration d’un climat de confiance, où les orthodoxes décideraient eux-mêmes de leurs droits selon la tradition des relations qui existaient entre les Eglises Orientale et Occidentale au premier millénaire. Une telle forme d’action pourrait être déterminée par le Synode des Chefs d’Eglises et la tenue d’un Concile pan-orthodoxe pourrait constituer une étape intermédiaire prérarant celle d’un futur Concile Oecuménique, où toutes les Eglises orthodoxes de l’Univers occuperaient leurs places dignes à côté de l’Eglise Occidentale.

 Ce projet n’est pas conçu de la même façon par le Siège de Rome, par l’Eglise Orthodoxe Russe et par l’Eglise Gréco-Catholique Ukrainienne, ainsi que par d’autres Eglises, comme par exemple, par l’Eglise Gréco-Melchite. Nous ne sommes pas encore arrivés , par le sentiment excessif de la vocation des chrétiens mêmes réunis dans ces Eglises, à ce principe, proclamé par le grand philosophe russe dans son ouvrage intitulé « La Russie et L’Eglise Universelle » :

 « Pour diriger la vie publique de l’humanité entière vers le but de l’amour divin et pour déterminer l’opinion publique dans de sens de la vérité divine, il faut qu’il y ait dans l’Eglise un gouvernement universel divinement autorisé. Ce gouvernement doit être défini et manifeste pour que tout le monde puisse le connaître et il doit être permanent pour que l’on puisse toujours y faire appel; il doit être divin dans sa substance pour s’imposer définitivement à la conscience religieuse de tout homme bien informé et bien intentionné, et il doit être humain et imparfait dans sa manifestation historique pour rendre la résistance morale possible, pour laisser de la place pour les doutes, à la lutte, aux tentations, à tout ce qui constitue le mérite de la virtu libre et vraiment humaine ». [5]

 Que la conférence d’aujourd’hui soit une sorte de tentative sans prétentions des personnes, qui ne cessent pas de considérer d’un regard positif l’univers de Dieu et continuent de travailler pour dire avec les mots du Métropolite Andrej : « Plus ce travail semble désintéressé, plus il peut donner des résultats par la grâce de Jésus Christ ». [6]



[1] Ìèòðîïîëèò Àíäðåé Øåïòèöüêèé: Æèòòÿ ³ ijÿëüí³ñòü. Öåðêâà ³ Öåðêîâíà ªäí³ñòü. – Ëüâ³â, 1995. – Ò. 1. – Ñ. 434. [Métropolite Andrej (Cheptytsky) : Vie et Activité. L’Eglise et l’Unité des Eglises, vol. 1, Lviv 1995, 434.]

[2] André Szeptycky, Archevêque de Lemberg, Métropolite, La psycologie de l’Union, dans La Revue Catholique des idées et des faits 31(1925)  5-10.

[3] Métropolite Andrej (Cheptytsky) : Vie et Activité. L’Eglise et l’Unité des Eglises, Vol. 1, Lviv, 1995, 90.

[4] Der christliche Osten, hg. von J. Tyciak, G. Wunderle und P. Werhun. Regensburg, Pustet Verl., 1939, S. 11, 15. Öèòîâàíî çà Àíàòîëü Ìàð³ÿ Áàçåëåâè÷. Ââåäåííÿ ó òâîðè ìèòðîïîëèòà Àíäðåÿ Øåïòèöüêîãî // Òâîðè ìèòðîïîëèòà Àíäðåÿ Øåïòèöüêîãî. Ïàñòèðñüê³ ëèñòè. – Ò. 1. – Òîðîíòî, 1965. – Ñ. Â-138. – Ïðèì. 8. [Cité selon Anatol Marie Bazelevyc, Introduction aux oeuvres du métropolite Andrej Cheptytsky », dans Oeuvres du métropolite Andrej Cheptytsky. Lettres pastorales, Vol. 1, Toronto, 1965, B-138, note 8.]

[5] Soloviev Vladimir, La Russie et l’Eglise universelle, Bruxelles, 1996, 128. Ñîëîâéîâ, Âîëîäèìèð. Ïðî Âñåëåíñüêó Öåðêâó (Ðîñ³ÿ ³ Âñåëåíñüêà Öåðêâà). - Êè¿â, 2000. - Ñ. 452.

[6] La psycologie de l’Union, 7.






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