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Stage d'été au Sanctuaire Notre Dame de la Salette, du 22 juillet au 30 août 2006

Stage d'été au Sanctuaire Notre Dame de la Salette, du 22 juillet au 30 août 2006 05.10.2006, [15:21] // cronicles.fr // info

Situé au coeur des Alpes françaises, le Sanctuaire Notre-Dame de la Salette.

Arrivés le 22 juillet à la Salette, notre séjour a commencé pour nous, représentants de Lviv, par un temps d’échanges et de réflexions en participant activement à un colloque sur Les chemins de réconciliation en Europe avec le Professeur et Madame Antoine Arjakovsky. Pendant une semaine nous avons écouté différentes interventions sur les possibilités de la réconciliation au sein de l’Europe moderne. Le colloque a été très intéressant pour moi car on a aussi parlé du contexte ukrainien montrant que l’Ukraine est un pays européen reconnu qui, au cours de son développement historique, a connu des transformations analogues à celles des autres pays d’Europe. Il faut aussi remarquer que pendant le colloque on a eu beaucoup de temps pour se connaître et échanger nos opinions avec des laïcs et des membres du clergé de France, d’Allemagne, de Pologne et de Russie.

Après le colloque nous avons travaillé au mois d’août comme bénévoles pendant quatre semaines. C’était un travail désintéressé pour l’accueil des pèlerins venus se recueillir au Sanctuaire de Notre Dame de la Salette. L’emploi du temps dépendait du type de travail, mais le plus souvent on travaillait à plein temps. Moi, j’ai travaillé au service de l’approvisionnement. Je devais contrôler les livraisons des marchandises. C’était intréressant rien que pour le fait qu’avec les français permanents qui travaillaient dans ce service, il y avait également des volontaires de Madagascar, d’Angola, de Russie et de Pologne.

Nous avions un jour de congé chaque semaine. Ce jour-là, nous pouvions profiter d’un voyage proposé par les organisateurs dans une ville intéressante de la région, ou nous promener comme nous le souhaitions. Nous avons fait de l’auto-stop pour aller jusqu’à la mer Méditerranée. C’était vraiment une expérience peu ordinaire. Le voyage durait de cinq à huit heures et nous changions parfois jusqu’à dix véhicules. Il fallait parler avec chaque chauffeur, rien que par politesse, parler de nous et de l’Ukraine, répondre aux différentes questions. C’était encore une très bonne pratique linguistique. Je conseille aux étudiants de tenter cette expérience. Nous avons visité des villes que nous n’avions vues que sur les écrans de télévision : Cannes, Nice, Lyon, Montpellier, Orange...

Plus d’une centaine de bénévoles que nous avons connus étaient ressortissants de plus de dix pays. Avant, je ne pouvais même pas trouver certains de ces pays sur la carte, mais aujourd’hui j’ai quelques notions sur leur langue, leur culture, leur spiritualité.

Chaque samedi, au Sanctuaire on célébrait une Messe internationale dont chacune des parties était prononcée dans les langues des bénévoles de différents pays. A mon avis cette pratique correspond aux buts du mouvement œcuménique. Chaque jour nous avions la possibilité de nous confesser et de communier. Nous participions à la messe qui était célébrée en polonais, le soir après le travail. Malheureusement, il n’y avait pas de liturgie de rite byzantin. Malgré le fait que la plupart des bénévoles étaient de rite byzantin, il n’y avait pas de prêtre de rite byzantin.

Chaque pays avait la possibilité de se présenter pendant une soirée nationale. Ces soirées favorisent vraiment le rapprochement et la connaissance entre différentes cultures et nations.

En général, j’ai de très bonnes impressions sur cette école d’été de français à la Salette. Avant mon départ, j’étais heureux à l’idée de découvrir un lieu de pèlerinage en France. Car en Ukraine il y a beaucoup d’endroits sacrés où l’on vient pour prier, se ressourcer dans le calme spirituel, l’enthousiasme pour le travail et l’aide à son prochain. Il s’est avéré que le Sanctuaire Notre Dame de la Salette est un petit îlot de spiritualité dans les Alpes. Je pense que le bénévolat dans cet endroit est la vocation de chaque personne – consacrer son temps, ses forces, son savoir-faire et ses talents au Seigneur. Faisant notre travail avec prière et foi nous comprenions que nous servions aux pèlerins et à travers eux à l’œuvre de Dieu sur terre.

J’encourage chacun qui voudrait faire du bénévolat au Sanctuaire Notre Dame de la Salette car l’on s’y enrichit sur tous les plans, intellectuel, linguistique, physique, moral et spirituel.


Frère Oleh Kravchuk


Compte-rendu du colloque international de La Salette: « Les chemins de la réconciliation en Europe »

25-28 juillet 2006

Par Antoine Arjakovsky, directeur de l’Institut d’Etudes Œcuméniques de l’Université Catholique d’Ukraine.

Organisé par des hommes et des femmes de paix (le père Stanislas Rabiej, Nicole Hascouët, et le frère Antonio Santi), le colloque de la Salette s’adressait principalement aux jeunes volontaires de toute l’Europe venus participer à l’accueil des pélerins du sanctuaire. Nul doute que chacun est reparti dans son pays respectif avec le sentiment d’avoir compris un élément essentiel de l’édification de la paix : la prise de conscience de sa responsabilité personnelle, la nécessaire découverte d’autrui par le dialogue, l’écoute patiente des leçons de l’histoire, la présence des anges déchus et des anges de lumière à nos côtés...

Mgr Lucien Daloz, archevêque émérite de Besançon, a inauguré le colloque en parlant de la réconciliation franco-allemande. Celle-ci a eu lieu selon lui grâce au mouvement des coeurs, aux efforts des institutions et des mouvements, et au rôle pris par des personnalités exceptionnelles comme Robert Schuman (qui fut un temps jardinier à la Salette pendant la deuxième guerre mondiale !) et Konrad Adenauer. Mgr Jan Kopiec, évêqua auxiliaire d’Opole, a quant à lui rendu hommage aux évêques polonais et allemands pour avoir eu le courage en 1965, à la veille de la célébration du millénaire du baptême de la Pologne, de s’adresser mutuellement des lettres de repentir et de pardon.

Antoine Arjakovsky, directeur de l’Institut d’Etudes Œcuméniques à Lviv, a lui aussi mis l’accent sur le rôle prophétique des évêques catholiques polonais et ukrainiens dans la réconciliation en cours entre la Pologne et l’Ukraine. Le 26 juin 2005, après s’être pardonnés mutuellement, des hommes courageux se sont levés et ont lu une déclaration prophétique : ‘La paix entre les nations est possible’. Ils ont terminé leur texte par une prière devant la Trinité et la Mère de Dieu. Chacun était libre de répondre amen. Le poids de la responsabilité ne doit pas reposer sur les seules épaules des évêques mais sur tout le peuple de Dieu. C’est aussi le message du film Le Décalogue (VIII) de Kieslowski montré et commenté par le père Marek Lis, docteur et enseignant à la faculté de théologie d’Opole. Chacun de nous a autant besoin de pardonner que d’être pardonné.

Lors des discussions des questions fusent : ‘Est-ce que les grecs-catholiques, à force de ne pas choisir leur camp, ne seraient pas responsables en définitive des violences partout en Europe orientale ?’ La réponse du père Hyacinthe Destivelle est claire. ‘On ne peut concevoir aujourd’hui une sorte de pacte Molotov-Ribbentrop entre les Eglises romaine et moscovite.’ Non, décidément il n’y a qu’une seule issue. Comprendre que nous sommes sortis de la guerre froide et que l’universalité de l’Eglise n’est pas territoriale et identitaire. Il faut comprendre l’Eglise de façon fractale, sacrementelle et personnelle.

Le rôle de l’émigration russe dans la réconciliation en Europe a été présenté par le père Hyacinthe Destivelle, directeur du centre Istina et par deux représentants de la première vague de l’émigration russe, le professeur Alexandre Bourmeyster de l’université de Grenoble III, et le docteur André Krajewitch, installé à Gap. Les uns, expliquèrent-ils en substance à propos des trois branches de l’Eglise russe (Eglise Hors Frontières ; Eglise de Constantinople, Eglise de Moscou), insistent sur la nécessité du repentir face aux faiblesses du passé, les autres sur le dialogue oecuménique comme seule issue à la crise du confessionalisme, les derniers enfin parlent de la nécessaire critique de la modernité et de la sécularisation.

La réconciliation n’est pas uniquement un phénomène international ou inter-confessionnel, il doit se vivre en chaque nation, dans le coeur de chaque homme. C’est ce qui s’est passé pendant 3 semaines lors de la révolution orange en Ukraine, une révolution que Laure Arjakovsky a qualifié de révolution de l’Esprit. Car au delà des forces humaines, une force pacifique, joyeuse s’est littéralement emparé, malgré toutes les forces d’adversité (la neige, la haine, les forces spéciales du ministère de l’intérieur,...) de la place de l’indépendance à Kiev.

Il fut question pendant le débat de la responsabilité des chrétiens dans les violences du XXe siècle. C’est Marie, nous rapportent Maximin et Mélanie, qui ‘retient le bras de son fils’. Frissons. Est-ce que l’Eglise n’a pas eu tendance à fausser l’image du Dieu miséricordieux en interprétant ce bras comme celui d’un Dieu violent ? L’épître de Jacques ne nous a-t-elle pas instruit que ‘Dieu ne peut être tenté de faire le mal et ne tente personne’ (Jacques, 1, 13). Le père Marcel Schlewer nous rassure à la fin du colloque. ‘Marie nous demande ici de découvrir non pas le Dieu qui punit, mais le Dieu qui souffre. Et le bras dont elle nous parle, c’est ce bras crucifié que Maximin et Mélanie n’ont cessé de voir sur le coeur de la belle dame’.

Présence de Marie à l’angélus du soir, quand le soleil rouge disparaît derrière l’Obiou. Marthe Robin l’appelait sa ‘maman chérie’.

 

Antoine Arjakovsky
Mél : antoine@ucu.edu.ua
















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