Il est Celui, "Qui offre et Qui est offert, Qui reçoit et Qui
est distribué" (Prière avant l'hymne des Chérubins
– le Chérubicon). Agneau et protoprêtre simultanément.
Il est le vigneron et la vigne. Pour cette raison la figure du Christ se trouve
comme au centre d'un immense calice, dont les bords repliés sont
le ciel, la colonne – le Christ, et le piédestal – la table eucharistique.
Le Christ est représenté en mandorle (cercles concentrés
en forme d'ellipse), comme sur les icônes de la Transfiguration et
de la Résurrection. Dans un vêtement blanc, qui est le
signe de la "future gloire des saints", "comme si le Christ les
liait à Soi, comme s'il les accueillait en Soi et les illuminait
de Sa splendeur" (A. Shepytsky, Exercices spirituels pour prêtres,
Lviv 1990).
En relégation en Sibérie (à droite
le père Taras Bobkovitch, 1950)
En même temps, le vêtement repose de la sorte à
ne pas gêner les mouvements du Christ, qui est serviteur dans la vigne
du Père.
La personnalité du Christ est dynamique, en marche, ce qui signifie
qu'Il remplit bénévolement et librement la volonté
du Père; les paumes ouvertes comme sur le crucifix – c'est le geste
de la confiance, l'invitation à la participation.
A gauche du Christ croît la vigne, qui retrouve son prolongement
: – sur terre, dans le calice eucharistique; – au ciel, dans les calices célestes
où les anges ramassent la vendange.
L'inscription: "Je suis la vigne; vous, les sarments. Celui qui demeure
en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruits." (Jean
15.5) se rapporte non seulement aux martyrs, mais elle est aussi un encouragement
pour les personnes qui contemplent l'icône, pour les générations
à venir.
Les nouveaux martyrs, entre lesquels se trouvent évêques,
prêtres, moines et moniales, mais aussi un laïc, jouissent
de la même gloire dans le Christ et avec le Christ.
Ils demeuraient avec Lui, en Lui ils se sont habillés, ils L’ont
servi et pour Lui ils ont donné leur vie, pour cela ils ont la Gloire
de façon identique.
La première rangée symbolise justement leur différence:
(de gauche à droite)
la moniale, pieuse et silencieuse;
l'étranger, qui de tout son cœur a accepté l'idée de
la communion des Eglises;
le prêtre-réfugié, exemple de père pour tout le
monde;
l'humble moine, l'archimandrite, personne, qui étant très riche,
à choisi la pauvreté et la simplicité;
le professeur, missionnaire, bon pasteur, prisonnier indomptable;
l'évêque – maître des jeunes, fondateur d'ordre religieux;
le chantre-laïc, serviteur de tous;
le curé exemplaire.
En me plongeant dans les biographies de ces saintes personnes, je me suis efforcée
de donner un vase symbolique ou une phrase de l'Evangile à chaque
personne, pour qu'ils servent d'illustration à leur vie. Quand maintenant,
je m'efforce d'expliquer, pourquoi justement comme cela et non autrement, je
me trouve en difficulté pour répondre. Car le choix s'est
fait spontanément, j'espère sous l'influence de l'Esprit
Saint.
Les nouveaux martyrs, béatifiés en juin 2001, sont simplement
une partie des milliers de saints anonymes ukrainiens. Leurs figures sont peintes
dans la partie supérieure de l'icône en compagnie des anges.
Quelques figures peuvent être reconnues: voilà le père
Kassian Kyprian avec un groupe d'enfants dans les bras, avec lesquels il gela
dans une baraque du camp de concentration, devenant pour eux le meilleur saint
Nicolas; voici une femme avec une bougie dans les mains; aussi voici un évêque
anonyme… Ils sont nombreux, ils sont devenus une vive illustration aux paroles
du Christ: "Nul n'a plus grand amour que celui-ci: donner sa vie pour ses
amis." (Jean 15.13). Ils sont presque dans chaque famille. Notre devoir
– parler d'eux à nos descendants.
Prière aux pieds de l'icône des nouveaux martyrs
Seigneur,
Créateur de l'univers, des mers, des étoiles,
des oiseaux du ciel, des montagnes, des bois, et de tout
ce qui est en eux.
Je suis debout devant Ta grandeur,
moi,
créature de Tes mains.
Tu vois ma faiblesse;
prends pitié de moi
et donne-moi la Force de Ton Esprit
pour finir le travail entrepris.
Pas pour ma gloire,
mais pour le salut de l'âme
et la gloire de Ta personne.
Pour que chacun et chacune,
regardant cette icône,
Te voit en premier lieu,
Te rende grâce,
vénère tes saintes plaies
par la force de nos saints martyrs,
qui ont donné leur vie
comme sacrifice pour la multitude.
Car Tu es notre Dieu,
Et nous tes créatures, Seigneur,
Nous invoquons Ton nom,
Père, Fils, et Saint Esprit.
Amen.
Explication des personnages
I-er rang en haut
(la liste va toujours de gauche à droite)
L'évêque martyr Grégoire Lakota tient dans ses mains
le Grand Séminaire de Peremysl donc il était le recteur.
Le prêtre martyr Vital Bajrak. Sa vie était l'incarnation de
l'amour, et pour cette raison il tient la 1-re Epître aux Corinthiens
avec le texte: "L’amour ne passe jamais. Les prophéties ? elles
disparaîtront. Les langues? elles se tairont." (13.8).
L'évêque martyr Nikita Budka porte dans ses mains le calice,
qui symbolise le choix des souffrances, l'inévitabilité du sacrifice.
Rappelez-vous la phrase: "Père … éloigne de moi cette coupe!"
(Marc 14.36).
Le prêtre martyr Séverin Baranyk tient ses mains dans un geste
de prière d'adoration, d'entrain comme dans le "Notre Père".
L'évêque martyr Grégoire Khomyshyn porte dans sa main
la cathédrale de Stanislaviv, donc il était l'évêque.
Le texte est le suivant: "Jésus Christ est le même hier
et aujourd'hui, il le sera à jamais." (Hébreux 13.8).
II-e rang du haut
L'évêque martyr Théodore Romza tient le calice – symbole
du sacrifice, de la souffrance, de l'Eucharistie.
L'évêque martyr Siméon Loukatch, qui n'a jamais trahi,
a ses mains posées en forme de croix sur sa poitrine dans un geste
d'innocence et d'humilité devant le futur.
Le prêtre martyr Joachim Sen'kivsky porte l'église du monastère
st Onoufre de Lviv, où il vécut et préchat. Le texte
est le suivant: "Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous
ai aimés" (Jean 15.9).
Le prêtre martyr Zénon Kovalyk est l'unique personnage peint
avec un nimbe en forme de croix, car il est mort par crucifixion comme le
Christ. L'enfant nouveau-né, qui est introduit dans ses entrailles
est aussi un martyr car il fut crucifié avec lui.
Le prêtre martyr Emilien Kovtch. Son phélonion (sa chasuble)
est en forme d'uniforme de camp de concentration avec le numéro qu'il
portait à Majdanek. Il élève sa main pour bénir
tout le monde: ses bourreaux et les paroissiens de Peremysl, les non-baptisés,
les juifs et les ukrainiens, les dirigeants du camp et les orphelins.
L'évêque martyr Ivan Slesiuk nous montre le calice et l'Epître
aux Galates avec les paroles: "Ce n'est plus moi qui vis, mais le Christ
qui vit en moi" (2.20). Ces dernières sont devenues le mot d'ordre
de toute la vie de cet entreprenant évêque.
III-e rang du haut
Le prêtre martyr Nicolas Tsehelsky tient dans une main le calice,
comme symbole de son holocauste; dans l'autre main nous voyons l'Evangile
serré contre lui, comme signe de force intérieure.
Le prêtre martyr Pierre Verhun servit comme vicaire apostolique en
Allemagne, où il devint "tout pour tous". C'est pourquoi
les paroles de st Paul: "Réjouissez-vous avec qui est dans la
joie, pleurez avec qui pleure" (Romains 12.15) illustre son credo vital.
L'évêque martyr Basile Velytchkovky nous montre un couvercle
de boite de conserve, qui dans la zone du camp de concentration lui servait
"de calice, de disque (patène), d'autel et d'église,… que
rien ni personne n'ont pu détruire, car c'est la force de la conviction,
c'est la Grâce de Dieu" (Témoignage du métropolite
Maxym Hermaniuk). Le texte nous dit: "Yahvé est le rempart de
ma vie, devant qui tremblerais-je?" (Psaumes 27(26).1).
Le prêtre martyr André Ichtchak tient une balance comme symbole
de la justice et de l'équité. Il était docteur en droit
canonique.
Le prêtre martyr Roman Lysko détient dans ses mains les paroles
du psaume n°1: "Heureux l'homme", qu'il chantait sûrement
parmi d'autres dans la prison sur la rue Lontskoho à Lviv. Il périt,
emmuré vivant, à l'âge du Christ.
Le prêtre martyr Ivan Ziatyk porte sur l'épaule une croix de
glace, dans lequel sont congelées des fleurs blanches. Il a été
arrosé d'eau dans la gelée. Il est devenu lui-même comme
une croix du Christ en glace.
Les bienheureuses martyres Olympia Bida et Laurentia Harassymiv sont toujours
ensemble au monastère et en exil. Elles s'embrassent, comme des personnes
dans une situation de danger mortel, cherchant le réconfort dans la
prière.
IV-e rang à partir du haut, ou I-er rang à partir du bas
La bienheureuse martyre Tarsykia Matskiv a dans sa main gauche du fil rouge
(symbole de la vie dans l'icône de l'Annonciation), hormis le fait qu'elle
était couturière. Le fil est cassé. La solution au problème,
qui se trouve dans l'autre main, sont les clés. Quand elle ouvra la
porte sa vie se lacéra. La main droite fait le geste de bénédiction.
Elle bénit cet instant – la rencontre avec le Fiancé Céleste,
elle bénit celui qui lui ôtât la vie.
Le prêtre martyr Léonide Fiodorov tient une croix à
deux transversales.
Le prêtre martyr Alexis Zaretsky est représenté avec
des enfants, qui "se sont toujours serré contre lui" (Mémoires).
Le prêtre martyr Clément Sheptytsky tient dans une main le
monastère de Univ donc il était l'higoumène (prieur)
pendant de nombreuses années. Dans l'autre main – les Règles
monacales.
L'évêque martyr Nicolas Tchernetsky montre le texte de l'Epître
au Romains (6.5): "Si c'est un même être avec le Christ que
nous sommes devenus par une mort semblable à la sienne, nous le serons
aussi par une résurrection semblable". Dans l'autre main il détient
le bâton de voyageur. C'est un philosophe, un consolateur, un Homme.
L'évêque martyr Josaphat Kotsylovsky est représenté
avec une croix. Humble personnage, plein d’une profonde paix spirituelle intérieure.
Le prêtre martyr Vladimir Pryjma est habillé en chemise brodée,
et ceint d'une ceinture populaire. Il a dans une main le texte: "Pourvus
de dons… exerçons-les; si c'est le service, en servant" (Romains
12.7). Toute sa personnalité exprime l'empressement au service. Dans
l'autre main – l'encensoir, duquel s'élève la fumée.
Le prêtre martyr Nicolas Konrad tient un calice dans les mains. C'est
un pasteur calme, qui ne délaisse pas ses brebism il est un maître
averti. C’est un saint.
Les nouveaux martyrs, béatifiés en juin 2001, sont simplement
une partie des milliers de saints anonymes ukrainiens. Ils sont nombreux, ils
sont devenus une vive illustration des paroles du Christ: "Nul n'a plus
grand amour que celui-ci: donner sa vie pour ses amis." (Jean 15.13).
On les trouve presque dans chaque famille. Notre devoir – parler d'eux à nos
descendants. Leurs figures sont peintes dans la partie supérieure de
l'icône en compagnie des anges. Quelques figures peuvent être reconnues:
une femme avec une bougie dans les mains; un évêque anonyme… Il
y a aussi le père Cyprien Kassian. Je l'ai peint parmi les saints anonymes
avec des enfants dans les bras.
Le père Cyprien se trouvait dans un Goulag de droit commun quelque
part en Sibérie. Tous aimaient beaucoup le père et priaient avec
lui, même un général de l'armée soviétique.
Un jour pendant l'hiver, le père apprit que dans le camp, à part
la zone des femmes, se trouvait encore la ‘zone des enfants', où étaient
parqués les enfants nés au Goulag. Ces enfants avaient terriblement
faim car on ne leur donnait que les restes des autres prisonniers. Le père
Cyprien, avec l'aide du général, creusa un tunnel menant jusqu'à la
zone des enfants et les visitait secrètement. Les enfants étaient
très affaiblis à cause de la faim. Chaque jour il en mourait.
Le père accompagnait leur âme par la prière. Il parvint à trouver
du sucre, et en le mélangeant avec de l'eau, il fabriqua des petits
anges en sucre pour les enfants. Cependant le père Cyprien apprit qu'on
allait exécuter les enfants car le camp devait changer d'endroit. Il
prit alors tous les petits anges qu'il avait eu le temps de fabriquer la veille
et demanda à l'officier de fermer derrière lui le souterrain.
Il fit ses adieux à chacun et demanda de prier. Puis il partit vers
les enfants. On reporta la fusillade en raison d'une tempête de neige.
Quand, après trois jours, les soldats vinrent exécuter les ordres,
ils virent que tous étaient morts de froid. Les enfants étaient
serrés contre le prêtre. Le prêtre tenait dans ses bras
un petit garçon. L'enfant tenait dans ses mains un petit ange en sucre.
Ivanka Dymyd est iconographe. Elle vient de recevoir à Kiev le prix
Vassili Stouss qui récompense chaque année les meilleurs artistes
ukrainiens. Née à Lviv en 1968, issue d'une famille gréco-catholique
ayant donné des prêtres pendant sept générations
successives. Sa mère a été déportée à Vorkuta
avec sa famille alors qu'elle n'avait que 5 ans et ne put retourner en Galicie
qu'après la mort de Staline. Ivanka a épousé le père
Michel Dymyd, directeur de l'Institut du droit canonique au sein de l'Université catholique
d'Ukraine, et a mis au monde quatre enfants. Son grandoncle, le père
Roman Lysko, et l'oncle de ce dernier le père Nicolas Tseghelski, ont été canonisés
par l'Eglise catholique le 27 juin 2001. C'est à elle que le synode
de l'Eglise gréco-catholique a demandé de réaliser l'icône
des nouveaux martyrs d'Ukraine. Avant de commencer cette icône, qui mesure
2 mètres sur 1,5 mètre, Ivanka s'est documentée soigneusement
sur la vie de chaque saint. Se remémorant le martyr de chacun, elle
s'est mise à prier en pensant également à tous ceux qui
n'avaient pas pu encore être canonisés mais dont le témoignage
fut tel que leur sainteté est indubitable. L'icône est apparue
comme un rayon de lumière, en l'espace d'un mois.
Article également publié dans France
Catholique N 2924 du 2
avril 2004.