Fondateur d’un des mouvements théologiques les plus débattus « Radical Orthodoxy », John Milbank est professeur à l’Université de Nottingham (Grande Bretagne). Philosophe, personnalité d’une connaissance encyclopédique, John Milbank est également un théologien qui apporte aujourd’hui une réponse alternative aux philosophies contemporaines du courant post-moderne (J. Derrida, M. Foucault...). Il a été invité en Ukraine pour la première fois par l’Institut d’Etudes Oecuméniques de l’Université Catholique d’Ukraine pour participer à la conférence « Radical Orthodoxy: une réponse chrétienne à la culture post-moderne».
Le mouvement « Radical Orthodoxy » a créé un terreau spirituel et théologique favorisant la rencontre et la croisée des différentes traditions chrétiennes avec les autres religions. Des théologiens anglicans, catholiques et orthodoxes en font partie, unis par le même but, celui de faire renaître la théologie en tant que reine des sciences Des personnalités du monde politique et culturel, de l’économie et de la sociologie, du domaine des sciences humaines y travaillent en commun réfléchissant ensemble sur une nouvelle union entre la philosophie et la théologie, entre la foi et la raison dans le monde d’aujourd’hui. Les recherches menées par des membres du mouvement aident à comprendre comment mieux construire une société démocratique, une économie de marché ou autre système à travers la doctrine de l’Eglise.
Le mot « orthodoxie » ne comporte pas de connotation confessionnelle, donc il ne désigne pas uniquement le christianisme oriental. Si dans la compréhension traditionnelle de ce mot, l’accent est mis tout d’abord sur les limites et les différences entre les confessions, les représentants de ce mouvement théologique se posent plutôt la question suivante : qu’est-ce qui unit tout le monde chrétien ? N’est-ce pas là l’essentiel ?
J’ai été frappé par la question posée par le directeur de l’Institut d’Etudes Oecuméniques lors de son intervention. Antoine Arjakovsky s’est notamment interrogé de savoir si l’on pouvait qualifier d’étrangères à l’orthodoxie les oeuvres d’Antonio Vivaldi, de Gustave Rodin ou de Vincent Van Gogh ? A l’inverse peut-on dissocier de la communauté de l’Eglise catholique les fresques byzantines de Karieh Djami, le roman « La 25e Heure » de l’écrivain roumain Virgil Gheorghiu ou le film « Andrei Roublev » du cinéaste soviétique André Tarkovski ? « En France le Notre Père de Rimski Korsakov a pris place très naturellement dans le répertoire des paroisses latines. Et les touristes en quête de ressourcement spirituel se précipitent toujours plus nombreux chaque année dans les monastères coptes et orthodoxes d'Egypte. […] Il existe donc une histoire spirituelle, européenne, de l'Orthodoxie...» a ainsi souligné Antoine Anjakovsky.
Les événements culturels témoignent de l’action active du Saint Esprit qui ne peut pas être enfermé dans les frontières confessionnelles ; les catholiques, les orthodoxes et les protestants ne peuvent ni se les appropriers ni les dissocier de la vérité chrétienne ...
La notion de « radical » employé en lien avec orthodoxie dans le nom du mouvement mentionné n’est liée à aucune forme de fondamentalisme. On y voit avant tout la forme de la réalisation de la foi humaine en Dieu. Il démontre premièrement le besoin de retourner fondamentalement au véritable christianisme où il ne peut y avoir aucune division, ni de traitement réciproque avec des égards.
En général, il faut avouer que cette conférence représente un événement très intéressant pour la vie ecclésiale et théologique en Ukraine. En effet, le débat important suscité par « Radical Orthodoxy » en Europe de l’Ouest a été ainsi mis en lumière et la discussion s’est poursuivie sur le sol ukrainien. On a pu assister à la rencontre entre théologiens occidentaux et ukrainiens et prendre connaissance des orientations dans la recherche théologiques des uns et des autres, de la terminologie, de la manière de penser, etc... Dans ce creuset de l’esprit et de l’opinion, plusieurs prises de conscience, découvertes, passions et intérêts se sont enflammés, je n’en doute pas. Cette rencontre a une grande portée pour l’école théologique ukrainienne qui se développe intensément, et surtout pour les participants de la conférence : p. dr. Ivan Dacko (Munich), dr. Antoine Arjakovsky (Lviv), dr. Konstantin Sigov (Kiev), dr. Volodymyr Turchynovskyy (Lviv), p. Epiphanii Hnativ (Lviv), dr. Olexandr Filonenko (Kharkiv), p. dr. Petro Haladza (Ottawa). Par ailleurs, comme l’ont prétendu le fondateur et les sympathisants du mouvement « Radical Orthodoxy » eux-mêmes, John Milbank (Grande-Bretagne) ; Didier Rance (France), p. Thierry de Roucy (France), p. dr. Michael Plekon (Etats-Unis), Brandon Gallaher (Grande Bretagne) – la rencontre avec les théologiens ukrainiens leur a donné de nouveaux sujets sur lesquels réfléchir.
Petro Didula
Attaché de presse à l’Université Catholique d’Ukraine