En décembre dernier Borys Gudziak participa à une émision
de télévision ‘branchée', populaire en Ukraine et diffusée à heure
de grande écoute, où il fut question de Dieu. A la fin de l'enregistrement,
une journaliste vint le remercier. Incapable de prononcer une parole, elle
se mit à pleurer. De retour à Lviv, au cours d'un sermon, le
père Gudziak, ému par cette rencontre, fit un appel général à ‘monter
sur les barricades'.
Ihor Houzi, étudiant de 23 ans en licence à l'UCU, voudrait
lui aussi que l'Eglise se préoccuppe moins de ses affaires internes
et s'adresse plus, comme les missionnaires protestants à Kiev ou à Donetsk, à tous
les citoyens du monde. Il se réjouit qu'à l'université catholique,
qui reçut un message de félicitation du patriarche Bartholomée
en 2002, il y ait aussi des enseignants orthodoxes appartenant aux juridictions
de Constantinople ou de Moscou. Il rêve (‘Vous savez tout est possible
en Ukraine !') de créér une télévision chrétienne,
de lancer pour commencer un hebdomadaire qui informe spirituellement les honnêtes
gens sur les programmes télévisés, de s'engager auprès
des plus pauvres avec Zenia Kushpeta, etc… Une autre étudiante de licence,
Natalia Lazurkévitch, mariée à un diacre, raconte elle
aussi que les expériences missionnaires auprès des jeunes, conduites
par l'université en Ukraine orientale et méridionale, sont à la
fois passionnantes et formatrices. L'aide, matérielle et spirituelle,
apportée pendant les fêtes de saint Nicolas en décembre
par l'université aux enfants orphelins victimes de l'effroyable catastrophe
aérienne, survenue à Lviv en juillet 2002 lors d'une démonstration
militaire publique, témoigne également, selon elle, d'une vraie évangélisation, ‘sans
ornières'.
Youri Pidlistny, le directeur de l'Institut de la famille au sein de l'université catholique,
aimerait comme son recteur que l'Eglise ne témoigne pas contre le monde,
mais soit la lumière du monde. Il voudrait qu'en Ukraine, pays où le
SIDA se développe de façon exponentielle, on comprenne bien ce
que dit le pape. Parce que la sexualité est l'expression du plus intime
de la personne humaine, on ne peut s'en débarasser avec une affaire
de préservatifs. L'Eglise au contraire, dans le respect de la dignité de
chaque personne, annonce que le désir sexuel est bon et s'accomplit
pleinement en Celui qui transforme l'eau en vin !
Au service de presse de l'université on scrute en permanence le pouls
de la société ukrainienne. Natalia Klimovska,
chef de service formée dans les meilleurs universités américaines,
avec Petro Didula et Oleh Kuzio, les responsables du site web trilingue de
l'université ( www.ucu.edu.ua ),
avec Tarass Antochevsky, le responsable au sein de l'université de RISU,
Service d'Information Religieuse en Ukraine ( www.risu.org.ua ),
connaissent aussi les dangers de l'instrumentalisation de l'Eglise par les
médias. Surtout lorsque des élections se profilent, comme au
printemps prochain en Ukraine. Dans un pays où la liberté de
la presse est sujette à caution, ensemble ils veulent faire entendre
la voix indépendante de l'université catholique d'Ukraine. Une
voix qui ne craint pas de rappeler, contre vents et marées, les fondements
spirituels de la société, avec les Béatitudes comme programme
social et la ‘Droite du Père' comme vrai lieu du pouvoir !
L'original cependant est que cette moderne ouverture à tous n'est pas
perçue comme contradictoire avec un engagement ecclésial. Le
Fonds saint Wladimir d'aide aux personnes seules ou dans le besoin, fondé il
y a dix ans par Lessia Kripakievic, est placé sous la haute autorité du
patriarche Lioubomyr. Dans les couloirs de l'université on peut croiser
aussi le père Vénédikt, l'higoumène du monastère
studite d'Ouniv, principale destination du pélérinage de la Dormition,
qui part de Lviv chaque année au mois d'aôut, et réunit
plusieurs milliers de personnes accueillis avec joie dans tous les villages
traversés. Les moines, qui s'occupent également d'orphelins,
sont conscients que les hommes du XXIe siècle, laminés par les
contraintes que leur impose la société de consommation, ont besoin
avant tout de retrouver le sens de la prière, du jeûne authentique,
de l' hésychia , qui signifie à la fois silence, paix du chœur,
et beauté. Le chœur Stritennia de l'Université, l'un des plus
beaux précisément d'Ukraine, est dirigé par le jeune Volodymyr
Ben', dont on s'étonne que si jeune, il puisse maîtriser avec
une telle sûreté toutes les rubriques. Ayant enregistré déjà plusieurs
CD, il a été invité, avec son chœur, dans une dizaine
de pays à l'ouest. Mais il s'efforce aussi de se déplacer dans
les grands centres urbains ukrainiens, abandonnés le plus souvent à Coca
Cola et à Mac Donald !
A l'université se rencontrent également des intellectuels de
la revue Yi (l'équivalent de la revue Esprit en Ukraine), des artistes
(comme l'extraordinaire chanteuse Natalia Polovinka, la créatrice du
spectacle Irmos dédié au Saint Suaire de Turin), des universitaires
américains ou européens (Ihor Chevtchenko de Harvard, Robert
Taft de Rome, Joseph Yacoub et Bruno-Marie Duffé de Lyon, etc…) désireux
de soutenir cette université qui témoigne que le savoir peut être à la
fois libre et soutenu par la hiérarchie ecclésiale (avec notamment
en 2002/2003 les visites attentives des cardinaux Walter Kasper de Rome, Christoph
Schonborn de Vienne, et Philippe Barbarin de Lyon). Mentionnons encore l'initiative
qui concerne l'armée ukrainienne. En décembre dernier Hrygory
Selechtchuk, un jeune étudiant en droit, a rédigé pour
M. Marynovytch, à la demande du patriarche Huzar, un projet de développement
du programme des chapelains de l'Eglise dans l'armée ukrainienne. Car
beaucoup de Galiciens ont été envoyés en Afghanistan dans
les années 80. Certains sont revenus. Ceux qui les ont rencontrés
ne peuvent plus ensuite oublier que les casernes sont un endroit où le
Christ est présent et fait renaître à la vie.