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Le témoignage confiant

Il y a, à l'UCU, 400 étudiants inscrits dans les deux facultés de philosophie-théologie et de sciences humaines. Les diplômes de second cycle (baccalauréat canonique) et bientôt de troisième cycle (licence canonique) sont reconnus par la Congrégation de l'Instruction Catholique tandis que l'Etat ukrainien ne reconnaît pour le moment que la faculté en sciences humaines. Parmi ces étudiants environ soixante ont déjà suivi une formation dans des universités européennes et américaines. En France actuellement, grâce au soutien de l'Ambassade de France en Ukraine et de l'Institut des droits de l'homme à Lyon, deux étudiantes de l'UCU suivent un DEA, l'une Maryanna Dymyd, à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, en sociologie des religions, l'autre Halyna Korpalo, à la faculté de théologie de l'Université Catholique de Lyon.

 

Il faut ajouter 600 autres étudiants appartenant au séminaire et à l'Institut de pédagogie catéchétique. Dirigé par la sœur Louise Tsupa, une brésilienne d'origine ukrainienne qui connaît mieux que personne les méthodes contemporaines d'évangélisation, l'Institut ne s'est pas contenté de former des catéchètes appelés à enseigner l'évangile aux millions d'ukrainiens qui retrouvaient un cheminement vers l'Eglise après la célébration du baptême de la Rus' en 1988. Consciente que l'Eglise gréco-catholique ne pouvait à elle seule et de façon unilatérale évangéliser la société, sœur Louise a invité, sous l'égide du ministère de l'éducation, des catéchètes orthodoxes relevant de l'Eglise orthodoxe ukrainienne (patriarcat de Moscou), à rédiger ensemble de nouveaux programmes de formation en ‘éthique chrétienne', nouvelle discipline dispensée dans les écoles primaires et les collèges en Ukraine Occidentale. On estime à plus de 500 000 le nombre d'élèves ainsi instruits chaque année.

 

Olena Djedjora, archéologue, doyenne de la faculté des sciences humaines, et épouse du célèbre historien Iaroslav Hrytsak, s'est donnée également comme objectif de réformer de fond en comble les sciences humaines ukrainiennes, marquées par des décennies de matérialisme dialectique. Avec ses amies Nadia Leskiv, la responsable des études, et Oulana Holovatch, traductrice de Platon et vice-recteur en charge des questions scientifiques, elle compte bien s'appuyer sur les éditions de l'université qui publie actuellement environ 15 livres par an pour proposer une nouvelle approche personnelle, trans-disciplinaire et sapientielle de l'anthropologie. Leur inspiration, faute de contacts avec les principaux représentants de l'historiographie contemporaine, toujours victimes du magnétisme moscovite, les trois femmes la puisent dans la doxologie. Toutes trois piliers du chœur de l'université, elles sont les héritières de tout un peuple qui survécut pendant des siècles de persécutions en conservant les chants traditionnels des villages ukrainiens et en unissant inlassablament sa voix à celle des chérubins et des séraphins lors de la célébration du canon eucharistique de la liturgie de saint Jean Chrysostome. Si la vraie connaissance ne peut être que chantée, le cadre de son expression est eucharistique. C'est la raison pour laquelle la liturgie est célébrée de façon quotidienne au sein de l'université. Le mercredi est le jour ou toute la communauté académique se rassemble et unit le sacrement de la parole au sacrement de l'autel.

 

La ‘liturgie après la liturgie' est aussi une source de la connaissance selon Zenia Kushpeta, une musicienne canadienne d'origine ukrainienne ayant décidé de consacrer le restant de sa vie aux enfants handicapés d'Ukraine. Avec le soutien de Jean Vanier et de Borys Gudziak, elle a créé plus de vingt communautés Foi et Lumière en Ukraine. Sans le moindre sou elle s'est lancé dans la création d'une nouvelle œuvre, Djerelo, un hôpital de plusieurs milliers de mètres carrés pour enfants gravement handicapés, atteints de paralysie au cerveau, unique en Ukraine. A l'université elle organise aussi chaque mois une liturgie avec des étudiants handicapés où l'on chante et l'on danse. Le père Daniel Ange, un autre spirituel francophone qui passait en Galicie, vrai guetteur des signes de l'Esprit, fut invité ce jour-là à concélébrer. Le soir même il invitait en France deux étudiantes de l'université dans sa belle école d'évangélisation.

 

Andréi Kourotchka, 29 ans, étudiant en 3 e cycle à l'UCU, père de deux enfants, chargé de suivre les programmes européens de financement des universités, a lui aussi forgé son identité par le chant. Membre dès l'âge de 10 ans de la célèbre chorale Doudarik des petits enfants de Lviv, il a parcouru le monde en chantant à la gloire de Dieu. Devenu professeur de mathématique il a voulu approfondir sa foi et s'est inscrit à la faculté de théologie de l'Académie. En tant que président de l'association des anciens élèves, il est allé récemment en Pologne pour participer à un séminaire organisé par l'Union européenne sur la création d'association à but non lucratif. A son retour, il a une conviction, rare aujourd'hui en Ukraine, alors que selon un sondage récent plus de 80% de la jeunesse souhaite émigrer au moins temporairement : Son témoignage chrétien ne peut pas se développer sans passer par un engagement politique. Certes la mafia existe, l'Etat empêche la liberté d'opinion, l'administration est corrompue, mais cela ne lui fait pas peur. Car par dessus tout il a acquis la certitude que son avenir est lié à l'Ukraine. Au Portugal, la communauté ukrainienne forme la deuxième communauté nationale après celle des Portugais. Lui croit à l'avenir d'une Ukraine libre et indépendante ainsi qu'au potentiel intellectuel et spirituel, riche d'avenir, de son Eglise.






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